Dire, ne pas dire

Extensions de sens abusives

À raison de pour En raison de

Le 5 décembre 2019

Extensions de sens abusives

Les locutions prépositionnelles à raison de et en raison de sont des paronymes, mais elles ne sont pas synonymes. En raison de signifie « en considération de, eu égard à, vu » : En raison de son cri strident, l’agami est aussi appelé oiseau-trompette ; Poil de carotte, le personnage de Jules Renard était ainsi nommé en raison de sa chevelure rousse. À raison de signifie « en proportion de, en fonction de, suivant » : Il est rémunéré à raison du travail accompli. Dans des phrases de ce type, à raison de est parfois, mais rarement, remplacé par en raison de, alors qu’au sens d’« en considération de », à raison de ne peut remplacer en raison de, aussi est-il préférable de donner son sens propre à chacune de ces locutions et de ne pas employer l’une pour l’autre.

Thématique

Le 5 décembre 2019

Extensions de sens abusives

Le mot thématique peut être adjectif ou nom. Dans le premier cas, il s’emploie notamment en musique et en linguistique et signifie « qui se rapporte à un thème ». Dans le second cas, il désigne, en littérature et dans les arts, un ensemble cohérent de thèmes propres à une œuvre, un artiste, un genre, etc. : La thématique de l’errance chez Rimbaud. Il convient donc, pour parler précisément, de ne pas substituer cette forme au nom thème, et de ne pas confondre la longueur d’un mot avec l’importance qu’il peut avoir dans un discours savant, comme cela se fait aussi, par exemple, avec le couple problème / problématique.

On dit

On ne dit pas

Ce thème devrait intéresser beaucoup de lecteurs

Quel sera le thème de la conférence ?

Cette thématique devrait intéresser beaucoup de lecteurs

Quelle sera la thématique de la conférence ?

La carte étudiante

Le 7 novembre 2019

Extensions de sens abusives

Le français doit une grande partie de son vocabulaire et une part non négligeable de sa grammaire au latin. Mais il diffère de ce dernier en ce qu’il est une langue analytique, usant volontiers de prépositions et non une langue synthétique, comme le sont les langues à flexion, latin ou allemand par exemple. On se gardera en conséquence, pour rester fidèle au génie de notre langue, de remplacer ces tours prépositionnels par des adjectifs ou des participes présents. Rappelons ainsi que le nom étudiant désigne une personne qui fait des études supérieures et que, employé adjectivement, ce mot signifie « relatif aux étudiants, qui concerne les étudiants », comme dans « le monde étudiant ». On évitera d’étendre trop largement le sens de cet adjectif et on ne dira donc pas une carte étudiante, mais bien une carte d’étudiant, forme plus en harmonie avec la syntaxe française et consacrée par des décennies d’usage.

Puis-je vous encaisser ?

Le 7 novembre 2019

Extensions de sens abusives

Le verbe encaisser est dérivé du nom caisse et signifie « mettre des objets dans une caisse pour les protéger, les transporter » : Encaisser des bouteilles. Il peut aussi signifier que l’on plante des arbustes dans des caisses remplies de terre : Encaisser des orangers, des palmiers. Mais son sens le plus courant est celui de « faire entrer en caisse des valeurs, des fonds, les porter en compte » et, par analogie, « toucher, recouvrer de l’argent » : Encaisser des espèces, des chèques. Encaisser des loyers. On rappellera bien que dans ces cas, le complément du verbe encaisser est l’argent que l’on met en caisse et non la personne qui doit cet argent. On évitera donc le tour Puis-je vous encaisser ? Et ce d’autant plus que la langue populaire use de l’expression Ne pas pouvoir encaisser quelqu’un, pour dire qu’on ne peut le supporter.

Ce parti doit changer son logiciel

Le 3 octobre 2019

Extensions de sens abusives

Un logiciel est un ensemble structuré de programmes informatiques remplissant une fonction déterminée et permettant l’accomplissement d’une tâche donnée. On parle ainsi de logiciel de traitement de texte, de logiciel éducatif, du logiciel d’exploitation d’un ordinateur. On évitera d’abuser de l’image qui consiste à faire de logiciel un équivalent de « manière de penser, de voir le monde » ou d’« ensemble d’idées », fût-ce pour évoquer des groupes, des partis, des institutions qu’on juge en décalage avec leur époque ou avec la situation actuelle. Plutôt que de dire que tel ou tel parti « doit changer son logiciel », on pourra dire qu’il « doit se renouveler », « envisager différemment l’avenir », « s’adapter au monde actuel ».

C’est dans l’a.d.n. de l’équipe

Le 3 octobre 2019

Extensions de sens abusives

Désoxyribonucléique ! C’est là un bel octosyllabe, peu employé en poésie et assez difficile à retenir pour les non-initiés, mais formidablement utilisé quand il est sous sa forme abrégée (précédé d’acide, lui aussi abrégé), A.D.N. De la même manière qu’il convient de ne pas abuser des métaphores informatiques, on évitera d’emprunter trop systématiquement au vocabulaire de la biologie quand des locutions déjà validées par l’usage sont à notre disposition.

On dit

On ne dit pas

Le dépassement de soi est une caractéristique majeure de notre équipe

L’antiracisme est une valeur fondamentale de notre parti 

Le dépassement de soi fait partie de l’A.D.N. de notre équipe

L’antiracisme est dans l’A.D.N. de notre parti

Mobilité au sens de Moyen de transport

Le 5 septembre 2019

Extensions de sens abusives

Dans sa Réponse à un acte d’accusation, une partie des Contemplations, Victor Hugo écrit ces vers fameux : « Peuple et noblesse, était l’image du royaume ; / La poésie était la monarchie ; un mot / Était un duc et pair, ou n’était qu’un grimaud. »

Le langage de la noblesse s’est peu à peu effacé, mais il est remplacé aujourd’hui par un jargon technocratique et on se prend à rêver quand il ajoute, quelques vers plus loin : « J’ai dit à la narine : Eh mais ! tu n’es qu’un nez ! / J’ai dit au long fruit d’or : Mais tu n’es qu’une poire ! » qu’il sorte de son tombeau pour crier aux (nouvelles) mobilités qu’elles ne sont que des moyens de transport, voire des modes de déplacement.

S’accaparer pour Accaparer

Le 5 septembre 2019

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Même s’ils ne sont pas liés étymologiquement, les verbes s’emparer et accaparer ne sont pas très éloignés par le sens et ont la même terminaison en -parer. Le premier signifie « se rendre maître de quelque chose par la ruse ou par la force ; en prendre possession », et le second « acheter ou retenir en quantité considérable une denrée, une marchandise, pour la rendre plus chère en la rendant plus rare » : il était accusé d’avoir accaparé tous les blés de la province. Par extension, il signifie aussi « prendre pour soi, capter au détriment d’autrui » : accaparer les places, les faveurs, et enfin « occuper exclusivement » : son travail l’accapare. On veillera à ce que cette proximité n’amène à construire le verbe transitif accaparer, dont un des sens, on l’a vu, est « prendre pour soi » comme le pronominal s’emparer et on ne dira donc pas il s’accapare tous les honneurs.

On dit

On ne dit pas

Ils accaparent les richesses du pays

Elle a accaparé tous les honneurs

Ils s’accaparent les richesses du pays

Elle s’est accaparé tous les honneurs

Affectueux pour Affectif

Le 4 juillet 2019

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Affectueux signifie « qui manifeste de l’affection, de la tendresse » (on peut dire ainsi d’un enfant qu’il est affectueux), mais aussi « qui exprime l’affection, la tendresse » : un geste, un regard affectueux. Affectif a un sens un peu plus technique et signifie « qui concerne les états de plaisir et de douleur qui touchent la sensibilité » : les émotions, les sentiments sont des phénomènes affectifs. Par extension, ce même adjectif signifie aussi « qui relève de la seule sensibilité, qui est irrationnel », et l’on dira par exemple d’une réaction qu’elle est purement affective. Les sens de ces deux adjectifs semblaient assez éloignés pour que l’on n’use pas d’affectueux quand il faut affectif et pour qu’on ne dise pas affectif quand la langue veut affectueux, mais hélas, l’emploi de ces deux adjectifs est maintenant souvent source d’erreurs.

Conclusif pour Concluant

Le 4 juillet 2019

Extensions de sens abusives

Même si les adjectifs concluant et conclusif remontent, in fine, au latin concludere, « fermer », puis « donner une conclusion, déduire », ils n’ont pas le même sens. Concluant signifie « qui conclut en éliminant toute incertitude, qui prouve bien ce qu’il faut prouver » ; c’est un synonyme de convaincant, probant, décisif. On parlera ainsi d’une preuve concluante ou d’un argument concluant. Conclusif, lui, signifie « qui marque la conclusion d’un raisonnement, d’un discours ». On évoquera ainsi le paragraphe conclusif d’un exposé, ou, en musique, un accord conclusif quand ce dernier marque la fin d’une ligne mélodique. On constate que, sans doute à cause d’une traduction fautive de l’anglais conclusive, l’un est souvent employé pour l’autre et l’on veillera dès lors à éviter cette triste confusion.

On dit

On ne dit pas

Une expérience concluante

Donc est une conjonction conclusive

Une expérience conclusive

Donc est une conjonction concluante

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