Dire, ne pas dire

Courrier des internautes

Jorge M. (Brésil)

Le 2 juillet 2020

Courrier des internautes

Bonjour!,

Aujourd’hui Le Parisien écrit : « Ses premiers mots sont pour dézinguer l’intervention d’Emmanuel Macron la veille au soir à la télévision. » Quel est le sens de dézinguer, que je n’ai pas trouvé dans le Dictionnaire de l’Académie française ?

Jorge M. (Brésil)

L’Académie répond :

Monsieur,

Dézinguer est un terme argotique, tiré de zinc, au sens d’avion. Dézinguer signifie donc « abattre un avion », puis « attaquer vertement quelqu’un ». On a une image assez semblable dans l’expression Descendre en flammes.

Laure V. (France)

Le 2 juillet 2020

Courrier des internautes

Bonjour

Je me permets de vous envoyer ce message pour vous poser une question sur un point précis de la langue : Quelle est la définition exacte de vice-champion ? Est-ce la place de second ou celle d’ancien champion ? Quel est le nom d’un ancien champion si ce n’est pas vice-champion ?

Bien à vous.

Laure V. (France)

L’Académie répond :

Madame,

Le vice-champion a terminé à la seconde place du championnat. Ainsi, lors des Jeux olympiques, les médaillés d’argent sont également appelés « vice-champions olympiques ».

Celui qui a été champion et ne l’est plus est l’ancien champion ou l’ex-champion.

Patrick T. (France)

Le 2 juillet 2020

Courrier des internautes

Je lis Le Chevalier Des Touches, de Barbey d’Aurevilly, et je rencontre un problème de compréhension sur l’expression : « l’alipan du temps ».

Merci vivement pour votre éclaircissement.

Bien cordialement.

Patrick T. (France)

L’Académie répond :

Monsieur,

Alipan est un mot normand, qui signifie « soufflet ». Il est tiré de l’ancien français alipe, de même sens, lui-même issu du latin alipa, qui désignait également un soufflet et, particulièrement, le soufflet rituel donné par un maître à son esclave lors d’une cérémonie d’affranchissement.

Susy S. (Nouvelle-Zélande)

Le 2 juillet 2020

Courrier des internautes

Bonjour,

Quels sont le sens et l’origine de l’expression Vis-à-vis ?

Susy S. (Nouvelle-Zélande)

L’Académie répond :

Madame,

Le nom masculin vis est la forme ancienne de visage. La locution figée vis-à-vis signifie donc « avec les deux visages l’un en face de l’autre », puis « en face de », « face à » (notons d’ailleurs que, dans ces dernières locutions, on retrouve le mot face, un synonyme de visage) et, par extension, « à l’égard de ».

Virginie S. (Cannes)

Le 2 juillet 2020

Courrier des internautes

Madame, Monsieur,

Pour parler d’un « coupe-bordure » (l’outil de jardinage), on entend également le terme « rotofil ». Savez-vous quelle est l’étymologie de ce mot ? Est-ce un usage erroné ? Merci d’avance. Cordialement.

Virginie S. (Cannes)

L’Académie répond :

Madame,

Les deux se disent effectivement. Rotofil, qui est un nom de marque, est formé à partir du latin rotare, « tourner, faire tourner », et du nom français fil, parce que c’est un fil de nylon, tournant à grande vitesse autour d’un axe, qui coupe l’herbe des bordures.

Bernard L. (Belgique)

Le 11 juin 2020

Courrier des internautes

Avez-vous déjà remarqué que les groupe bl, br, cl, cr, gl, gr, etc. n’ont pas de nom. Les grammairiens ne s’en sont pas souciés. C’est dommage. Les orthophonistes (les logopèdes, en Belgique) leur en ont donné un : une symphone. Vous devriez, me semble-t-il, demander aux académiciens de se pencher sur le problème.

Bernard L. (Belgique)

L’Académie répond :

Monsieur,

Il nous semble que les groupes de consonnes n’ont jamais de nom en français. « Symphone » est peut-être un peu ambigu puisque l’on risque de croire que ces consonnes sont prononcées ensemble, alors que, même si la deuxième s’appuie sur la première, elles sont énoncées séparément. Cela étant, ces groupes formés d’une occlusive et d’une liquide sont intéressants dans la mesure où ils appartiennent à la même syllabe, tandis que d’ordinaire, dans un groupe de deux consonnes, celles-ci se répartissent sur deux syllabes. Cette particularité explique le fait qu’il faut un accent sur le e qui précède : église, écrevisse, alors que dans les autres cas, la double consonne fait passer le e à è sans qu’il soit nécessaire de lui ajouter un accent : elle, assiette, espace. Dans certains mots, comme espiègle, on a les deux cas de figure.

Ajoutons pour conclure que ce phénomène était déjà connu des Grecs et des Latins puisque, en versification antique, une voyelle brève était allongée quand elle se trouvait devant deux consonnes réparties sur deux syllabes, mais que cet allongement n’avait pas lieu si ces deux consonnes appartenaient à la même syllabe.

Charlotte C. R. (France)

Le 11 juin 2020

Courrier des internautes

Bonjour

J’ai une question : Y est-il une voyelle ou une consonne ?

Merci beaucoup pour votre aide.

Charlotte C. R. (France)

L’Académie répond :

Madame,

La lettre Y est la sixième voyelle de notre alphabet. Mais, phonétiquement, on peut la considérer comme une voyelle ou comme une semi-consonne, cela dépend de son environnement.

En position initiale et devant une consonne, le y joue son rôle de voyelle : ysopet, ypérite. Entre deux consonnes, il joue le même rôle : lys, dynamite, cycliste, syllabe, pyromane, etc., et il le joue encore en fin de mot : Lully, Ivry, jury, etc.

En position initiale et devant une voyelle, y joue le rôle de la semi-consonne yod : yack, yéti, yoga, yucca. Placé entre deux voyelles, il joue le rôle de yod avec la voyelle qui le suit et modifie le timbre de celle qui précède : c’est le cas, par exemple, dans voyage où le y change la prononciation du o pour donner le son « oua » et joue le rôle d’un yod devant le a ; nous avons la même chose avec payons. Le y change la prononciation du a en « è » et joue le rôle d’un yod devant -ons.

Classe de CM1 (France)

Le 11 juin 2020

Courrier des internautes

Madame, Monsieur,

Nous sommes des élèves de CM1, nous souhaiterions savoir pourquoi le mot abuseur a été supprimé du dictionnaire, alors que nous l’utilisons encore.

Merci pour votre réponse,

Classe de CM1 (France)

L’Académie répond :

Chers élèves,

Le mot « abuseur » a été supprimé de notre Dictionnaire parce qu’il était trop peu employé. On lisait déjà, dans l’édition de 1835 : « Il est familier et peu employé. » De plus, le Trésor de la langue française écrit à son sujet : « semble être sorti d’usage ». Il est vrai cependant que la pièce qui fut à l’origine du mythe de don Juan, El Burlador de Sevilla, de Tirso de Molina, fut souvent traduite par L’Abuseur de Séville.

Ce qui fait aussi qu’il pouvait facilement être supprimé, c’est que son sens se laisse facilement deviner ; en effet, à partir des verbes, on crée des dérivés en -eur qui signifient « celui qui » : chanteur, « celui qui chante » ; menteur, « celui qui ment », etc.

Cela étant, si vous redonnez vie à ce mot, peut-être reviendra-t-il dans des dictionnaires.

Nous vous vous félicitons pour l’intérêt que vous portez à notre langue et vous souhaitons à tous beaucoup de bonheur et de succès dans vos études.

Marie A. (France)

Le 11 juin 2020

Courrier des internautes

Quelle réponse peut être acceptée à la question « Joues-tu au tennis ? »

– Oui, j’y joue parfois.
– Oui, j’en joue parfois.
– Les deux peuvent être acceptées.
Merci d’avance, et bonne journée !

Marie A. (France)

L’Académie répond :

Madame,

Le pronom y remplace un complément introduit par la préposition à : Je vais à Alençon, j’y vais ; je joue au tennis, j’y joue.

Le pronom en remplace un complément introduit par de : Je reviens de Caen, j’en reviens ; je joue de la guitare, j’en joue.

Othilie P. C. (Autriche)

Le 11 juin 2020

Courrier des internautes

Mesdames, Messieurs,

Professeur de français langue étrangère et de remédiation orthographique, j’aimerais attirer votre attention sur deux mots que la Covid a mis à l’ordre du jour : « en présenciel » et « en distantiel ». Ou, peut-être, dois-je plutôt écrire « en présentiel » et « en distanciel » ?

Ah, qui pourra me dire ? Et, surtout, qui pourra me dire comment expliquer que ces deux mots, issus soit de la même catégorie grammaticale, celle des noms « présence » et « distance », soit de celle des adjectifs, « présent » et « distant », s’écrivent l’un avec un c, et l’autre avec un t ? Je pense d’avance à l’ahurissement de mes élèves, adultes ou enfants, étrangers (j’habite et enseigne en Autriche) ou français quand ils chercheront la logique derrière ces mots ; je songe à leurs efforts pour s’inventer une énième astuce pour mémoriser ce fichu c et ce fichu t, quand il serait si simple d’avoir des formes parallèles : présenciel/distanciel ou présentiel/distantiel. Oui, la langue française est magnifique : oui, elle recèle de nombreuses surprises qui enchantent ou font rire ; et oui, elle décourage aussi, souvent, par son surprenant manque de logique. S’il vous plaît, Mesdames, Messieurs, vous avez été rapides pour « genrer » la Covid, ne pourriez-vous pas l’être tout autant, en suggérant sans tarder une orthographe unique et logique pour ces deux mots, justement maintenant où ils commencent à être de plus en plus employés ? Confiante dans votre souci de la pédagogie, et votre sens de la cohérence, je vous prie d’agréer, Mesdames et Messieurs, l’expression de mon respect orthographique.

Othilie P. C. (Autriche)

L’Académie répond :

En 2019, le Centre national d’enseignement à distance a fêté son quatre-vingtième anniversaire. On emploiera donc la locution à distance plutôt que l’anglicisme distanciel ou distantiel. Et, par analogie avec cette locution, on dira en présence plutôt que cet autre anglicisme, presential. Cela permettra d’utiliser des formes sanctionnées par des décennies d’usage, mais aussi d’éviter d’avoir recours à des néologismes dont l’orthographe est mal fixée.

D’autre part, nous nous permettons de vous signaler que covid est un nom de maladie, comme sida, et ne doit donc pas prendre de majuscule.

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