Dire, ne pas dire

Emplois fautifs

À l’été ou Durant l’été ?

Le 4 mars 2021

Emplois fautifs

La préposition à indique un point sur la ligne du temps (c’est pour cette raison qu’on l’emploie avec des unités de temps réduites, comme l’heure). Le nom été a, lui, une étendue temporelle beaucoup plus importante : il est introduit par des prépositions comme pendant, en ou durant. Cela étant, l’emploi de la préposition à n’est pas incorrect avec ce nom si on souhaite en resserrer l’extension pour en faire un point précis sur cette ligne du temps. Dans ce cas, en général, on fera suivre été d’une date. C’est ce que l’on trouve dans des récits historiques quand il s’agit d’inscrire une période de temps dans une succession de faits et d’évènements, et de la traiter comme une date. Si donc on dit Les moissons se font en été, on pourra dire À l’été 1944, la victoire des Alliés n’était pas encore assurée. On peut également, dans la conversation, employer cette construction sans date pour évoquer l’été qui arrive, l’été dont on parle : Nous nous verrons à l’été, à l’été prochain.

Elle a la même robe que sa sœur ou que la sienne ?

Le 4 mars 2021

Emplois fautifs

Dans les phrases comportant une comparaison construite avec même… que, le complément introduit par que a une fonction identique à celle de l’élément avec lequel il est comparé. Ainsi, dans Elle a la même robe que sa sœur, le pronom elle est sujet du verbe avoir et le nom sœur est sujet du même verbe sous-entendu. Cette règle interdit donc des constructions comme Elle a la même robe que la sienne, puisque le pronom possessif la sienne reprend le nom robe et n’a pas la même fonction que le pronom sujet elle. On pourra en revanche dire C’est la même robe que la sienne puisque les pronoms démonstratif c’ et possessif la sienne sont sujets du verbe être, exprimé ou sous-entendu.

Ils se sont persuadés que… ou Ils se sont persuadé que… ?

Le 4 mars 2021

Emplois fautifs

Qui parcourrait les différentes éditions de notre Dictionnaire pourrait se poser la question. On lisait en effet dans la cinquième, en 1798, « Ils s’étaient persuadés qu’on n’oserait les contredire », alors que dans la suivante, en 1835, était écrit « Ils s’étaient persuadé qu’on n’oserait les contredire ». Quelques décennies plus tard, Littré expliquait cette apparente contradiction et écrivait au sujet de ce participe passé : « On peut le faire accorder ou ne le pas faire accorder à son gré : si on supprime le s, on s’appuie sur ce que l’on dit : persuader une chose à quelqu’un ; si on met le s, on s’autorise de ce que l’on dit également : persuader quelqu’un d’une chose. » La neuvième édition de notre Dictionnaire illustre par l’exemple les propos du grand lexicographe en distinguant Elle s’est persuadée qu’on lui en voulait (dans ce cas, le pronom s’ est le C.O.D. du verbe persuader) d’Elle s’est persuadé l’aimer encore (nous avons là le tour plus littéraire « persuader une chose à quelqu’un » et, dans ce cas, le pronom s’ est C.O.I. de ce même verbe persuader).

Un hymne ou une hymne, un ode ou une ode ?

Le 4 mars 2021

Emplois fautifs

Les noms hymne et ode ont de nombreux points communs. Nous les avons empruntés l’un et l’autre du grec, par l’intermédiaire du latin. Le premier vient de hymnos, qui désignait un chant en l’honneur d’un dieu ou d’un héros, par l’intermédiaire du latin chrétien hymnus, désignant un chant en l’honneur de Dieu ; le second vient de ôdê, « chant », par l’intermédiaire de oda. Ils sont donc très proches par le sens et ont aussi la particularité de commencer, le premier par un h muet, le second par une voyelle, ce qui fait que, devant l’un et l’autre, l’article défini s’élide en l’ et n’indique plus leur genre grammatical : ce point est souvent cause d’hésitations, voire d’erreurs. Rappelons alors qu’ode, dont Ronsard, si l’on en croit l’« Épître au lecteur » de ses Odes, pensait avoir introduit le nom en français (« Et osay le premier des nostres enrichir ma langue de ce nom d’ode »), est féminin, comme en témoigne cet extrait du Dialogue des morts, de Fénelon : « Vos odes sont tendres, gracieuses, souvent véhémentes. » En revanche, hymne est masculin, quand bien même il s’est d’abord rencontré au féminin dans notre langue et s’emploie encore ainsi dans l’Église latine et les Églises d’Orient, pour désigner un chant solennel qui fait partie de l’office ou accompagne certaines processions.

on dit, on écrit

on ne dit pas, on n’écrit pas

Les odes envoûtantes de Pindare

« La Marseillaise » est l’hymne national de la France

Une hymne à la Vierge

Les odes envoûtants de Pindare

« La Marseillaise » est l’hymne nationale de la France

Un hymne à la Vierge

Des joies sans égales, des chagrins sans égal

Le 4 février 2021

Emplois fautifs

Dans la locution sans égal, qui signifie « tel qu’on n’en connaît pas d’aussi grand, d’aussi fort », égal, employé comme nom, a la particularité de pouvoir être au féminin singulier ou pluriel, mais ne peut être qu’au masculin singulier. On peut donc écrire des joies sans égales ou sans égale, mais uniquement des chagrins sans égal, l’usage n’acceptant pas, essentiellement pour des raisons d’euphonie, des chagrins sans égaux.

on dit, on écrit

on ne dit pas, on n’écrit pas

Des talents sans égal

Ils sont sans égal

Des talents sans égaux

Ils sont sans égaux

 

D’accord que, suivi de l’indicatif ou du subjonctif

Le 4 février 2021

Emplois fautifs

La locution d’accord que est généralement suivie de l’indicatif. On lit ainsi dans La Jument verte, de Marcel Aymé : « Le jeune vétérinaire avait d’autres séductions plus solides ; il était laborieux, économe, rangé, bon catholique, il faisait merveille aux enterrements, et dans la ville, tout le monde était d’accord qu’il avait l’air vraiment convenable. » Dans ce cas, être d’accord que est employé au sens de « convenir que, être d’avis que » et le verbe qu’introduit cette locution est généralement au présent ou au passé : Je suis d’accord que c’est une belle réussite ; Nous sommes d’accord qu’il fallait agir autrement. Mais il peut aussi arriver, dans une langue très familière, qu’être d’accord que signifie, par ellipse d’être d’accord pour que, « admettre, accepter ». Dans ce cas, la proposition qui suit indique un évènement à venir et elle se met au subjonctif : Nous sommes d’accord qu’il vienne la semaine prochaine.

on dit

on ne dit pas

Je suis d’accord qu’il dorme à la maison

Sont-ils d’accord que nous fassions route ensemble ?

Je suis d’accord qu’il dort à la maison

Sont-ils d’accord que nous faisons route ensemble ?

Péren au lieu de Pérenne

Le 4 février 2021

Emplois fautifs

Il existe de nombreux adjectifs français terminés par -en au masculin et par -enne au féminin. Dans ces cas, le digramme -en se prononce comme -in dans fin, tandis que le groupe -enne se prononce comme -eine dans peine. On a ainsi des formes comme alsacien, alsacienne, égéen, égéenne ou moyen, moyenne. Mais on ne doit pas conclure de ce fait la proposition inverse, qui serait que les adjectifs féminins en -enne ont nécessairement un masculin en -en. Rappelons donc que, en français, il existe des adjectifs, appelés épicènes, qui ont la même forme en -e au masculin et au féminin : un garçon timide, une fille timide, une table ovale, un bureau ovale. C’est à cette catégorie qu’appartient pérenne. On dira donc une œuvre pérenne, une source pérenne mais aussi un feuillage pérenne, un engagement pérenne et non un feuillage péren, un engagement péren.

on dit, on écrit

on ne dit pas, on n’écrit pas

Un puits pérenne

La vigne est un végétal pérenne

Un puits périn, péren

La vigne est un végétal périn, péren

Ça a été ? pour Cela vous a-t-il plu ?

Le 7 janvier 2021

Emplois fautifs

La langue familière emploie parfois le verbe être au passé composé en lieu et place d’aller : Hier, j’ai été voir mon oncle Michel, quand c’est Hier, je suis allé… qu’il faudrait dire. Mais aller signifie aussi « fonctionner ; se porter bien ou mal » (il va bien, elle va mieux). Il peut d’ailleurs s’employer elliptiquement pour indiquer que l’on se porte bien en particulier dans des formules interrogatives relevant de la langue orale : Comment ça va ? Ce tour fut en son temps popularisé par le fameux chant révolutionnaire Ah, ça ira ! Aller en ce sens s’emploie parfois au passé composé, le plus souvent à la troisième personne : C’est allé de mieux en mieux. Or la substitution du verbe aller par le verbe être commence également à se rencontrer dans cet emploi et l’on entend de plus en plus la question ça a été ? en lieu et place de phrases comme cela s’est-il bien passé ? ou cela vous a-t-il plu ? Il s’agit de tours très familiers qu’il convient, autant que faire se peut, d’éviter.

Elle s’est fait gronder

Le 7 janvier 2021

Emplois fautifs

Quand il est suivi d’un infinitif, le participe passé fait est toujours invariable. On dit et on écrit la maison qu’il a fait construire (et non qu’il a faite construire) ou elle s’est fait construire une maison (et non elle s’est faite construire une maison). On dira de même elle s’est fait mordre par son chien (et non elle s’est faite mordre).

on dit, on écrit

on ne dit pas, on n’écrit pas

Elle s’est fait gronder par la maîtresse

Ils se sont fait surprendre par la nuit

Elle s’est faite gronder par la maîtresse

Ils se sont faits surprendre par la nuit

Il est de nature inquiet ou Il est de nature inquiète

Le 7 janvier 2021

Emplois fautifs

La locution être de nature suivie d’un adjectif signifie le plus souvent qu’une personne possède le trait de caractère signalé par cet adjectif. Ce dernier s’accorde avec le nom qui constitue le noyau de cette locution, nature : Il est de nature inquiète, ils sont de nature joyeuse. Dans certains cas, le nom nature peut être précédé de l’article : Il est d’une nature soupçonneuse. Mais de nature peut aussi s’employer de manière autonome avec le sens de « par nature » et ce n’est plus alors nature qui commande l’accord mais le sujet de la phrase : Il est de nature inquiet. Signalons cependant que, dans ce type de phrase, l’usage préfère, pour éviter toute ambiguïté, postposer cette locution : Il est inquiet de nature, ou la placer entre virgules : Il est, de nature, inquiet.

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