Dire, ne pas dire

Emplois fautifs

De cela, j’en suis fier

Le 2 juillet 2020

Emplois fautifs

Le pronom en remplace un complément introduit par la préposition de : Il est amoureux de la princesse, il en est amoureux ; Il revient de la ville, il en revient ; Il a peur des serpents, il en a peur. Ce pronom en remplace un nom introduit par la préposition de. On doit alors éviter la redondance qui consisterait à reprendre par le pronom en un complément déjà introduit par cette préposition. On ne dira donc pas : de cela, j’en suis fier, mais : de cela, je suis fier ou : cela, j’en suis fier.

on dit

on ne dit pas

De cette action, il avait honte ou Cette action, il en avait honte

De ce beau jeune homme, elle s’était éprise ou Ce beau jeune homme, elle s’en était éprise

De cette action, il en avait honte


De ce beau jeune homme, elle s’en était éprise

Entendable

Le 2 juillet 2020

Emplois fautifs

Il arrive parfois en français que des adjectifs marquant la possibilité viennent de deux verbes ayant le même sens, un verbe latin et un verbe français. C’est le cas pour le couple croyable/crédible. Le premier est dérivé de croire ; le second, emprunté du latin credibilis, « que l’on peut croire », l’est de credere. On a peu ou prou le même cas avec les formes buvable, tiré de buv-, qui vient de boire, et potable, emprunté du latin potabilis, « qui peut être bu », dérivé de potare. Mais, généralement, il n’y a qu’une forme adjectivale, venant tantôt d’un verbe français, et tantôt d’un verbe latin. Ainsi, à l’idée d’« entendre » correspond l’adjectif audible, emprunté du latin chrétien audibilis, lui-même tiré de audire, « entendre ». On veillera bien à ne pas employer, en lieu et place de cet adjectif, le barbarisme entendable.

on dit

on ne dit pas

Des propos difficilement audibles

Des ultrasons audibles par les chiens

Des propos difficilement entendables

Des ultrasons entendables par les chiens

Je vous remercie à tous, je vous salue à tous

Le 2 juillet 2020

Emplois fautifs

L’interjection merci se construit de manière indirecte par l’intermédiaire de la préposition à : Merci à vous ; merci à Rémy, ou de façon directe : Merci, mon ami ; merci, cher Bernard. Il n’en va pas de même du verbe remercier qui, lui, se construit directement : Je remercie Pierre, je le remercie. Nous retrouvons la même construction avec les nom et verbe salut et saluer. Si, en effet, on peut dire : Salut, mon bon ami ou : Salut à tous, le verbe saluer ne peut se construire que directement : Je salue Jean-Luc, je le salue. Construire indirectement les verbes remercier et saluer serait donc une faute.

on dit

on ne dit pas

Je vous remercie tous

Je vous salue tous

Je vous remercie à tous

Je vous salue à tous

Un diagnostic ou Un diagnostique

Le 2 juillet 2020

Emplois fautifs

Les mots terminés par -tic sont peu fréquents en français. Parmi ceux-ci figure le nom diagnostic, que l’on se gardera bien de confondre avec l’adjectif homonyme diagnostique. L’on écrira : un diagnostic difficile à établir, ce médecin a un diagnostic très sûr, mais : les signes diagnostiques de la tuberculose. Qui ferait la confusion pourrait se dire qu’il est venu trop tard au monde puisque l’on pouvait encore lire dans la septième édition de notre Dictionnaire (1878), à l’article Diagnostique : « Il est aussi substantif masculin. Cet enfant a tous les diagnostiques de la petite vérole. Cet emploi vieillit. » On observe un flottement assez semblable dans le couple pronostic/pronostique. L’adjectif fut d’abord employé dans Le Quart Livre par Rabelais, qui était aussi médecin, où l’on rencontre l’expression signes prognosticz. On trouve l’adjectif sous la forme prognostique dans les sixième et septième éditions de notre Dictionnaire et, enfin, sous la forme pronostique aujourd’hui. Le nom, beaucoup plus ancien, a connu semblables variations : on écrivait pronostique au xiiie siècle.L’Académie française employa ensuite pronostic (de 1694 à 1798), prognostic (de 1835 à 1878) et, de nouveau, pronostic (depuis 1935). Ce sont donc ces dernières formes, sanctionnées par un siècle d’usage, qu’il convient d’employer.

on écrit

on n’écrit pas

Une erreur de diagnostic

Une erreur diagnostique

Le pronostic est difficile à établir

Une erreur de diagnostique

Une erreur diagnostic

Le pronostique est difficile à établir

Être pour Aimer

Le 11 juin 2020

Emplois fautifs

Depuis plusieurs années, on rencontre fréquemment le verbe être employé avec le sens d’« aimer, être friand de, être amateur de », et ce, particulièrement dans des systèmes d’opposition. Il semble que ce soit d’abord au sujet de la nourriture que l’on a rencontré ces formes : Il n’est pas très vin rouge, il est plutôt vin blanc ; je ne suis pas dessert, je suis plutôt fromage. Ce tour, ignoré par nos amis allemands, italiens ou espagnols, s’est généralisé par la suite : Elle n’est pas très plage. S’il n’est pas absolument condamnable en soi, cet emploi très familier d’être pour « aimer » est à manier avec précaution : une phrase comme Je ne suis pas très légumes n’est pas choquante mais on évitera des tours comme Je ne suis pas très agneau, je suis plutôt porc. Et qui parlerait de ses goûts artistiques pourrait être taxé d’orgueil s’il disait Je ne suis pas très Maupassant, je suis plutôt Flaubert.

Il échoua pour Il échoit

Le 11 juin 2020

Emplois fautifs

Les verbes échouer et échoir sont proches par la forme, mais ils diffèrent largement par le sens et l’étymologie. Le premier, d’origine normanno-picarde, signifie « immobiliser un navire en lui faisant toucher le fond » ou, quand le sujet est le navire lui-même, « donner accidentellement sur le rivage ou un écueil » ; enfin, avec un nom de personne comme sujet, « ne pas réussir dans une entreprise ». Le second, issu du latin populaire *excadere, altération de excidere, « tomber, sortir de », signifie « être dévolu par le sort » (la part de bonheur qui échoit à chacun), « arriver, se produire » (le renouvellement des mandats municipaux échoit dans peu de temps) et, en parlant d’une dette ou d’une obligation, « arriver à échéance » (ce substantif étant d’ailleurs dérivé d’échéant, participe présent d’échoir). En général, on ne confond pas ces formes, mais cela peut se produire avec les homonymes que sont le passé simple du premier, échoua, et le présent de l’indicatif du second, échoit.

on écrit

on n’écrit pas

Le navire échoua sur un rocher

Le terme échoit à minuit

Le navire échoit sur un rocher

Le terme échoua à minuit

Les cieux ou Les ciels

Le 11 juin 2020

Emplois fautifs

Le nom ciel a l’étrange particularité d’avoir deux pluriels différents. L’Académie française avait déjà noté ce point dans la première édition de son Dictionnaire : « Ciel, signifie aussi, Le haut d’un lit. Le ciel du lit. […] Au pluriel on dit des ciels de lit, & non pas des cieux. […] On dit en termes de Peinture le ciel, les ciels. Ce Peintre fait bien les ciels. » Bernard Jullien (1798-1881), qui assista Littré pour les questions grammaticales de son Dictionnaire a ainsi expliqué ce point : « Le ciel, à proprement parler, est cette partie de la voûte azurée que nous voyons ou que nous concevons comme renfermée dans un horizon déterminé. C’est dans ce sens qu’on dit : Le ciel de la Provence et celui de l’Italie sont bien différents des ciels de l’Angleterre et de l’Écosse ; ce peintre réussit admirablement dans les ciels. Les ciels de lit tirent leur nom de leur forme et de leur position au-dessus de nos têtes ; et ces exemples nous montrent que, quand on compte les ciels, c’est-à-dire quand on passe au pluriel entendu dans la rigueur de la définition, on le forme régulièrement en ajoutant un s au singulier. Le mot cieux, au contraire, indique non la pluralité, mais l’universalité indivise de la sphère céleste, ou, au figuré, la Providence, le pouvoir céleste. »

Ce double pluriel s’explique aussi par le fait qu’au Moyen Âge, en effet, les noms terminés en -el ou en -iel faisaient leur pluriel en -eux. Rappelons qu’à l’origine le singulier de cheveux était chevel et que le pluriel de tel s’écrivait tex ou tieus. Aujourd’hui ces formes ont été unifiées : par analogie avec le pluriel, la langue a choisi le singulier cheveu, et fiel et miel ont comme pluriel fiels et miels (et non fieus ou fieux et mieus ou mieux).

Trop de + nom, suivi du singulier ou du pluriel

Le 11 juin 2020

Emplois fautifs

La locution trop de joue le rôle d’un déterminant indéfini et introduit un nom au singulier ou au pluriel, et le verbe qui suit ce groupe est tantôt au singulier, tantôt au pluriel. Il est au singulier quand le nom introduit par trop de est un nom singulier, en général non comptable (certains grammairiens disent aussi « massif »). Le poète et chansonnier Charles-François Panard (1689-1765) a mis en scène nombre de ces trop dans une pièce intitulée Vers d’un philosophe aimable, où l’on trouve cette leçon de tempérance, rousseauiste avant l’heure et parfaite illustration de la mediocritas aurea chère à Horace ou, plus encore, du mêden agan, « rien de trop », qui est au cœur de la sagesse grecque : ... « Il résulte de ce langage / Qu’il ne faut jamais rien de trop : / Que de sens renferme ce mot : / Qu’il est judicieux et sage: / Trop de repos nous engourdit, / Trop de fracas nous étourdit, / Trop de froideur est indolence, / Trop d’activité, turbulence ; / Trop d’amour trouble la raison, / Trop d’amour est un poison… »

Quand le nom qui suit trop de est un pluriel, le verbe se met généralement au pluriel : Trop d’élèves sont arrivés en retard, trop de soucis l’ont usé prématurément. On peut cependant trouver le singulier si l’on ne considère plus chacun des éléments séparément, mais si l’on envisage l’ensemble qu’il forme comme le complément d’un verbe sous-entendu. On distinguera ainsi Trop de séries télévisées sont de médiocre qualité, c’est-à-dire « un nombre important de séries télévisées sont de médiocre qualité », de Trop de séries télévisées nuit au travail scolaire des adolescents, que l’on pourrait gloser par « Regarder trop de séries télévisées nuit… » ou « Un excès de séries télévisées nuit… ».

Au sud de la France pour Dans le Sud de la France

Le 7 mai 2020

Emplois fautifs

La préposition à (éventuellement combinée avec les articles définis le, la, les) et la préposition dans ont parfois des sens proches, par exemple dans des propositions comme Il est dans le champ et Il est au champ. Mais si l’on emploie ces deux prépositions avec un nom de point cardinal et deux entités géographiques pour les situer l’une par rapport à l’autre, alors leurs sens diffèrent. On distinguera ainsi au sud de, qui indique que la première entité n’est pas incluse dans la seconde, et dans le Sud de, qui indique que la première entité est située dans celle qui suit.

On dira ainsi Marseille est dans le Sud de la France et L’Espagne est au sud de la France, et non Marseille est au sud de la France ni L’Espagne est dans le Sud de la France.

On dit

On ne dit pas

Le Danemark est au sud de la Suède

Strasbourg est dans l’Est de la France

Le Portugal est à l’ouest de l’Espagne

Le Danemark est dans le Sud de la Suède

Strasbourg est à l’est de la France

Le Portugal est dans l’Ouest de l’Espagne

Car, pour, par et avec prononcés careu, poureu, pareu et avecqueu

Le 7 mai 2020

Emplois fautifs

L’élision d’un e dit « muet » est la marque d’une langue familière ou populaire ; on la trouve par exemple quand le groupe je te devient j’te (prononcé ch’te). Mais on trouve aussi l’erreur inverse, qui consiste à ajouter des e quand il ne devrait pas y en avoir, particulièrement en fin de mot, ce qui fait que les prépositions car, pour, par et avec en viennent à être prononcées careu, poureu, pareu et avecqueu. Bien souvent ces eu superfétatoires sont employés par le locuteur pour se donner du temps quand il cherche ses mots ou à mettre de l’ordre dans ses idées. Il n’en reste pas moins qu’ils doivent être, autant que faire se peut, proscrits de la langue courante.

On dit

On ne dit pas

Il n’est pas venu car il pleuvait

Elle est venue avec sa sœur

Il n’est pas venu careu il pleuvait

Elle est venue avecqueu sa sœur

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