Dire, ne pas dire

Accueil

La question est répondue

Le 1 octobre 2020

Emplois fautifs

Le verbe répondre se construit ordinairement avec deux compléments, un complément direct et un complément indirect : on répond quelque chose à quelqu’un. Il peut arriver que le nom de la personne à qui l’on répond soit remplacé par des noms comme question, interrogation, etc. : Elle a bien répondu à nos questions comme Elle a bien répondu à Pierre. Ici, les noms questions et Pierre sont les complément indirects de répondre, verbe qui, dans ce cas, n’a pas de complément direct et ne peut donc se mettre à la voix passive. On évitera donc des phrases comme la question est répondue, qui, malheureusement, commencent insidieusement à se répandre.

Martyrologe

Le 1 octobre 2020

Emplois fautifs

Les noms en -loge sont peu nombreux en français. Quelques-uns, très fréquents, comme loge ou horloge, ne posent pas de problème de prononciation, mais il en est d’autres, plus rares, qui, sans doute sous l’influence des mots en -logue, sont parfois source d’erreur. C’est le cas pour martyrologe (que l’on trouve d’ailleurs parfois écrit, faussement, martyrologue). Ce nom désigne un catalogue où furent inscrits les noms des martyrs de l’Église primitive, et dans lequel on a inséré au fil du temps les noms des autres saints dont l’Église fait commémoration. On y apprend par exemple que « quarante soldats Cappadociens de Sébaste [Apollinaire évoque leur triste sort dans La Chanson du mal-aimé] du temps de l’Empereur Licinius sous le Président Agricolaüs, après avoir été chargez de chaînes & mis dans des cachots pleins d’infection, après avoir eu le visage meurtry de pierres, furent dans le temps le plus froid de l’hyver exposez tout nuds à l’air sur un étang glacé durant toute une nuit, où leurs corps transis s’en alloient par pieces » et mille autres anecdotes et faits passionnants. Il n’en reste pas moins que, conformément à l’écriture, et bien qu’il désigne une forme de catalogue, ce nom se prononce comme horloge.

Un autoroute

Le 1 octobre 2020

Emplois fautifs

Le nom autoroute nous vient de l’italien autostrada ; on l’a d’abord rencontré sous la forme, aujourd’hui obsolète, autostrade, qui était une simple transcription de l’italien, avant que le second élément, strade, qui n’avait pas d’existence autonome dans notre langue ne soit remplacé par route. Les noms italien autostrada et français autoroute sont féminins, comme le sont les éléments qui les composent, auto, forme abrégée d’automobile, et strada ou son équivalent français, route. Pourtant, on entend, ou on lit parfois, un autoroute. C’est une erreur et c’est bien une autoroute qu’il faut dire et écrire

on dit

on ne dit pas

La bande d’arrêt d’urgence d’une autoroute

Les autoroutes sont plus sûres, mais elles sont onéreuses

La bande d’arrêt d’urgence d’un autoroute

Les autoroutes sont plus sûrs, mais ils sont onéreux

Une horaire

Le 1 octobre 2020

Emplois fautifs

Le nom horaire est attesté en français depuis le xixe siècle. C’est un emprunt de l’italien orario, de même sens. Comme orario, horaire est un nom masculin. Pourtant, on commence, à tort, à faire de ce nom un féminin. Peut-être est-ce parce que ce dernier s’emploie avec l’article défini élidé, ce qui fait oublier son genre, ou parce qu’il s’emploie souvent au pluriel et que la marque de pluriel écrase celle des genres, les articles les et des étant épicènes. Peut-être est-ce aussi par analogie avec le nom féminin horloge ? Qu’importe ! La règle et l’usage veulent le masculin. 

on dit

on ne dit pas

L’horaire sera inscrit sur le tableau

Avoir des horaires irréguliers

L’horaire sera inscrite sur le tableau

Avoir des horaires irrégulières

Ensauvager, ensauvagement

Le 1 octobre 2020

Néologismes & anglicismes

Le mot sauvage est issu du latin salvaticus, altération de silvaticus, « qui sert pour le bois ; qui pousse ou vit dans les forêts ; sauvage » ; ce dernier est tiré de silva, « forêt, bois », aussi écrit sylva, et d’où est dérivé sylvestris, un adjectif aux sens semblables à ceux de salvaticus. Ainsi, tauri silvestres et arbor silvestris signifient « taureaux sauvages » et « arbre sauvage ». Mais les formes françaises issues de ces deux adjectifs ont des sens différents : sauvage signifie « qui n’est pas cultivé, qui n’est pas domestiqué » (c’est ce sens qu’il a dans deux titres de films célèbres, Les Fraises sauvages et l’Enfant sauvage), puis « qui n’est pas civilisé, qui est méchant, voire inhumain », alors que sylvestre, qui appartient à une langue plus technique, ce qui est souvent le cas des termes empruntés, signifie « de la forêt ; qui croît ou vit en forêt », comme dans coucou sylvestre ou pin sylvestre.

Le mot sauvage s’est chargé des valeurs négatives que l’on prête à qui vit en forêt. Au Moyen Âge, si on s’éloignait progressivement des bourgs et des villes, perçus comme les lieux de civilisation, on croisait les vilains de la campagne puis les sauvages de la forêt. Ce système de cercles concentriques s’applique aussi aux peuples. César en fait état dans ses Commentaires de la Guerre des Gaules quand il évoque les différentes tribus gauloises : « Horum omnium fortissimi sunt Belgae, propterea quod a cultu atque humanitate provinciae longissime absunt… » (« Les Belges sont les plus braves de tous ces peuples, parce qu’ils se tiennent tout à fait éloignés de la politesse et de la civilisation de la province romaine… »). Dans ce cas le sauvage se trouve alors être, au mieux une personne qui fuit le contact des autres, un ours dit la langue familière, et au pis une personne dont la cruauté ou la méchanceté n’est plus freinée par rien.

De sauvage a été tiré le verbe ensauvager. Une citation de Pierre Daunou (qui en 1793 vota contre la mort de Louis XVI et qui fut par la suite Secrétaire perpétuel de l’Académie des inscriptions et belles-lettres) rend bien compte de son sens : « Que l’enthousiasme soit quelquefois accusateur, du moins ne faut-il jamais qu’il soit juge, et il est affreux qu’il prononce des arrêts de mort. […] Parmi les grands intérêts […], il en est un qui méritera l’attention des législateurs, c’est qu’il ne faut pas […] ensauvager les mœurs d’un peuple qui a été jusqu’ici doux, juste, humain, sensible. » Daunou définit par la négative ce qu’est le sauvage : il est féroce, injuste, inhumain et insensible. Ce verbe s’est d’abord rencontré sous la forme ensauvagir, plus logique, dans la mesure où la terminaison en -ir des verbes du deuxième groupe indique une transformation, un changement d’état, comme dans pâlir ou grandir.

Dans Germinal, Zola emploie ensauvager aux formes active et pronominale quand il brosse le portrait de l’agitateur révolutionnaire Souvarine : « Ses dents blanches et pointues, sa bouche et son nez minces, le rose de son teint, lui donnaient un air de fille, un air de douceur entêtée que le reflet gris de ses yeux ensauvageait par éclairs. » Et, plus loin : « Cette face blonde, dont les yeux rêveurs s’ensauvageaient parfois d’une clarté rouge, l’inquiétait. »

Quant à ensauvagement, il s’agit d’un nom polysémique ; on le trouve dans des textes anthropologiques, qui, traitant du chamanisme, décrivent la transformation, à l’aide de rites particuliers, du chaman en animal. Il désigne aussi le fait, pour un individu ou pour une société, de tendre à se dépouiller de ce qui constitue son humanité, en particulier des qualités de bonté et d’empathie, et de tout ce qui peut freiner sa violence.

Winerie

Le 1 octobre 2020

Néologismes & anglicismes

Dans les années 1880 est apparu aux États-Unis le nom winery avec le sens d’« établissement, entreprise viticole ». À ce sens, et en fonction du contexte, s’ajoutent parfois ceux de « chai », « vignoble » ou « domaine ». La langue française est, dans le domaine de la viticulture, assez bien pourvue et il est peu nécessaire d’aller chercher ailleurs une forme que nous avons déjà chez nous, quand bien même elle serait légèrement francisée, passant de winery à winerie.

on dit

on ne dit pas

La visite du chai débute à 14 heures      

Le domaine, le vignoble s’étend sur une trentaine d’hectares

La visite de la winerie débute à 14 heures

La winerie s’étend sur une trentaine d’hectares

Dispendieux au sens de Dépensier

Le 1 octobre 2020

Extensions de sens abusives

L’adjectif dispendieux signifie « qui occasionne des dépenses, qui coûte cher ». Il s’emploie, non pour qualifier des personnes, mais le plus souvent des noms abstraits : des habitudes dispendieuses, un train de vie dispendieux ; des guerres, des voyages dispendieux. Il ne faut pas confondre cet adjectif avec dépensier qui, lui, s’applique essentiellement à des personnes : Son grand-oncle, qui était très dépensier, a dilapidé une grande part de la fortune familiale ; même si, par métonymie, cet adjectif peut, lui, s’appliquer aussi à des choses abstraites (il a gardé des habitudes de vie très dépensières), on veillera bien à ne pas employer l’un de ces adjectifs quand c’est l’autre qui conviendrait.

Encourir au sens de Risquer, Courir le risque de

Le 1 octobre 2020

Extensions de sens abusives

Le verbe encourir signifie que l’on s’expose à une sanction, une peine, un châtiment qui émane d’une autorité : Il encourt une grosse amende pour sa conduite ; Pour un délit de cet ordre il encourt la prison. Il se construit avec un complément qui est un nom. On ne doit pas le confondre avec risquer ou la locution verbale synonyme courir le risque de, qui se construisent indirectement et veulent un infinitif comme complément : S’il ne travaille pas plus, il risque (ou il court le risque) d’échouer. Il y a dans ce verbe et dans cette locution, qui appartiennent à la langue courante, un caractère d’incertitude beaucoup plus fort qu’avec encourir, qui relève de la langue juridique et qui indique, presque officiellement, quelle peine correspond à telle faute.

Bonjour veau, vache, bovin, cow-boy

Le 1 octobre 2020

Bonheurs & surprises

Le latin bos, comme le grec bous, désigne un bovin, sans en préciser le sexe. Ces mots sont à l’origine de formes comme bœuf, bovin ou bovidé, qui sont assez transparentes, mais il en est d’autres dans lesquelles cette origine est moins visible. Il s’agit souvent de termes savants, empruntés de mots latins ou grecs. On y trouve ainsi Bucéphale, le fameux cheval d’Alexandre, dont le nom signifie proprement « tête de bœuf ». Ce mot d’origine grecque avait un équivalent latin, bucranium, auquel on doit le bucrane, une sculpture de frise représentant une tête de bœuf décharnée, et la bugrane, une plante aux rameaux épineux encore appelée « arrête-bœufs ». Le grec nous a aussi donné buglosse, proprement « langue de bœuf », une plante médicinale à fleur bleue, ainsi nommée en raison de la forme de ses feuilles. C’est en revanche au latin que l’on doit bucolique. Cet adjectif et nom, formé avec l’aide de colere, « élever », a d’abord été lié à l’élevage des bovins, puis à celui des ovins et à tout ce qui est lié à la vie champêtre ; enfin il a désigné un genre littéraire qui prend son inspiration dans la vie de bergers de convention, créé par Théocrite et illustré par Virgile. Du grec nous vient la boulimie, interprétée tantôt comme le fait d’avoir « une faim de bœuf » (expression supplantée dans l’usage par la « faim de loup »), tantôt comme le désir de manger un bœuf, mais aussi le plus rare boustrophédon, composé à l’aide de strephein, « tourner », que l’on retrouve dans strophe, et qui désigne un type d’écriture très ancien dans lequel la main du scribe, qui écrivait alternativement de gauche à droite et de droite à gauche, imitait le mouvement des bœufs, qui changent le sens de leur marche à chaque fois qu’ils arrivent au bout d’un sillon. L’hécatombe est aussi liée à cette famille puisque ce nom, affaibli aujourd’hui, désignait à l’origine le sacrifice de cent bœufs. Quant au beurre, son nom est issu du grec bouturon, proprement « fromage de vache ». Concluons sur ces formes en b- avec l’infortuné Charles Bovary, dont le nom offre les trois mêmes premières lettres que le mot bovin.

Le nom vache, issu du latin vacca, n’appartient pas à cette famille étymologique, mais mérite que l’on s’y intéresse. Rappelons, en ces temps de pandémie, qu’il est apparenté au nom vaccin, par l’intermédiaire d’une maladie touchant les vaches, la vaccine. Ce nom, issu du latin (variola) vaccina, « (la variole) des vaches », traduisait l’anglais cow pox, de même sens. Comme on s’était rendu compte que vachères et vachers étaient immunisés contre la variole, on comprit que l’on pouvait éviter cette maladie en inoculant la vaccine. Le vaccin était né. Quant au nom veau, d’abord rencontré sous la forme vedel, puis veel, il est issu du latin vitellus, un diminutif de vitullus, de même sens.

Mais revenons à nos bovins. La racine indo-européenne *gwow-, d’où sont tirées les formes latines et grecques déjà citées, est présente dans le nom, d’origine sanscrite, d’une antilope d’Asie, le nilgau, proprement le « bovin (gau) bleu (nil) », mais aussi dans les noms allemand et anglais de la vache, Kuh et cow. Ce dernier nous intéresse particulièrement parce qu’il entre dans la composition du nom cow-boy et que ce mot est doublement redevable de notre racine indo-européenne. Pour le premier élément, cow, cette filiation est claire ; elle l’est moins pour le second, boy.

Si cow est le résultat de l’évolution de *gwow-, boy est issu d’une forme d’ancien français, embuié, participe passé signifiant « prisonnier, enchaîné ». Ce dernier est issu du latin boia, « entraves pour esclaves et criminels », qui était emprunté du grec boeiê, un adjectif féminin substantivé, signifiant proprement « de bœuf », et qui désignait, par métonymie (comme vache désigne parfois familièrement une serviette de cuir) des lanières de cuir de cet animal employées pour entraver les prisonniers. Cet adjectif est bien sûr dérivé de bous, « bovin ». En anglais, avant de désigner un garçon, boy a désigné un jeune esclave, puis un valet. Ce glissement de sens, de l’esclave à l’enfant, ne doit pas nous étonner puisque le français garçon remonte à l’ancien bas-francique *wrakkjo, « vagabond », puis « fugitif, banni », et que les noms grec et latin pais et puer servent à nommer aussi bien un petit enfant qu’un jeune esclave.

Fauteuil

Le 1 octobre 2020

Bonheurs & surprises

Ce nom, issu de l’ancien bas francique *faldistôl, « siège pliant », s’est rencontré au xiie siècle sous les formes faldestoed et faudestuel puis faudestueil au xiiie siècle, et enfin fauteuil trois siècles plus tard. Fauteuil désigna très tôt un siège d’apparat, qui était aussi une marque de pouvoir. Le Dictionnaire national de la langue française, de Bescherelle, nous apprend d’ailleurs que « certaines familles conservent religieusement les fauteuils qui ont porté leurs ancêtres » et, plus largement, que « la société entière voue un culte non moins fervent à ceux qui ont appartenu à des hommes célèbres ».

Mais ce nom sert plus particulièrement à nommer les sièges qu’occupent les membres de l’Académie française quand ils tiennent séance. Tous sont parfaitement semblables, mais il n’en fut pas toujours ainsi. Longtemps les académiciens se contentèrent de chaises. C’est à Louis XIV que la Compagnie doit ses fauteuils : quand, en 1713, le poète, philologue et critique littéraire Bernard de la Monnoye fut reçu à l’Académie française, le cardinal César d’Estrées, qui avait œuvré pour cette élection, demanda, en arguant de son grand âge (il avait quatre-vingt-cinq ans), de ses infirmités, et sans doute aussi de son rang, à assister à cette réception assis dans un fauteuil. On accéda à sa requête et le fauteuil est ainsi devenu l’un des symboles de l’Académie française. On dit depuis briguer un fauteuil, obtenir un fauteuil, pour « vouloir siéger à l’Académie, y être élu ». L’académicien Antoine-Vincent Arnault, qui eut une vie académique mouvementée, élu en 1803, destitué en 1816, réélu en 1829 et Secrétaire perpétuel en 1833, écrivit que « les honneurs du fauteuil sont l’objet de l’ambition secrète de tout homme de lettres et de tout savant ». Comme tout ce qui touche à l’Académie française, ce fauteuil fut l’objet de piques, le plus souvent d’ailleurs de la part d’académiciens eux-mêmes : à une dame de province qui lui demandait ce qu’était ce fauteuil académique, dont elle avait entendu si souvent parler, Fontenelle répondit : « Madame, c’est un lit de repos où le bel esprit sommeille. » Quant à Alexis Piron, dont l’élection fut invalidée parce qu’il avait écrit dans sa jeunesse une Ode à Priape jugée scandaleuse, il fit paraître, à l’occasion de la réception de Jean-Baptiste Gresset, cette épigramme : « En France on fait, par un plaisant moyen, / Taire un auteur quand d’écrits il assomme ; / Dans un fauteuil d’académicien, / Lui quarantième on fait asseoir mon homme : / Lors il s’endort et ne fait plus qu’un somme ; / Plus n’en avez phrase ni madrigal ; / Au bel esprit le fauteuil est en somme / Ce qu’à l’amour est le lit conjugal. » Ce même Piron évoqua encore la Compagnie quand il composa son épitaphe : « Ci-gît Piron / Qui ne fut rien / Pas même académicien. »

Mais, si décrié ou brocardé soit-il, le fauteuil importe car il est aussi un autre symbole, celui de l’égalité qui règne entre tous les académiciens. En effet, si Louis XIV accéda à la demande de César d’Estrées, il ne voulut pas que ce dernier semblât avoir un rang supérieur à ses confrères : il ordonna donc à l’intendant du garde-meuble de faire porter quarante fauteuils à l’Académie. Il est d’ailleurs à noter que cette égalité entre membres, ainsi que l’indépendance par rapport au pouvoir en place, était inscrite dans les statuts de l’Académie tels que les avait voulus Richelieu. Elle fut de nouveau mentionnée dans la préface de la cinquième édition du Dictionnaire, en 1798 : « Par un statut, ou par un usage, l’Académie Françoise étoit composée d’Hommes-de-Lettres, et de ce qu’on appeloit grands Seigneurs. Ses Membres, égaux comme Académiciens, se regardèrent bientôt égaux comme hommes ; les futiles illustrations de la naissance, de la faveur, des décorations, s’évanouirent dans cette égalité académique ; l’illustration réelle du talent sortit avec plus d’éclat et de solennité. Cette espèce de démocratie littéraire étoit donc déjà, en petit, un exemple de la grande démocratie politique. » Sans doute y eut-il, comme pour confirmer la règle, quelques exceptions : Armand de Coislin, apparenté à Richelieu par son père et au chancelier Séguier par sa mère, dut certainement son élection, à seize ans, plus à ses aïeux qu’à ses talents propres, et peut-être en alla-t-il de même pour ses deux fils, qui lui succédèrent au 25e fauteuil. Ces fauteuils, aujourd’hui remplacés par des chaises pour les séances de travail, ne sont plus que le symbole des lignées d’académiciens qui vinrent un jour siéger en remplacement d’un confrère disparu, mais ils créent, à l’aide de ces hasards objectifs qu’aimaient tant les surréalistes, fût-ce par-delà de longs espaces de temps, des liens entre les académiciens. Ainsi, le 7e et le 38e fauteuil ont chacun vu siéger un prix Nobel de littérature et un prix Nobel de médecine, Henri Bergson et Jules Hoffmann pour le premier, Anatole France et François Jacob pour le second. Quant au 13e, il peut disputer au 14e l’honneur d’avoir vu siéger deux des plus grands poètes et dramaturges français, puisque c’est sur l’un que furent élus Jean Racine et Paul Claudel, quand l’autre fut celui de Pierre Corneille et de Victor Hugo. Et rappelons, pour conclure, que, lors des cérémonies sous la Coupole, les académiciens n’ont pas de siège attitré ; on peut dire, en quelque sorte, que le placement y est libre.