Dire, ne pas dire

Courrier des internautes

Pascal T. C. (France)

Le 11 juin 2020

Courrier des internautes

Madame, Monsieur,

Littré écrit mécéne (et indique qu’on prononce « mécène ») et mécénat, alors que les autres dictionnaires écrivent mécène et mécénat (en cohérence avec la prononciation). Est-ce une erreur ou la langue a-t-elle évolué depuis monsieur Littré ?

Pascal T. C. (France)

L’Académie répond :

Monsieur,

Il ne s’agit pas d’une erreur de Littré, mais d’une évolution de la langue. On a longtemps employé un « é » dans la syllabe d’un mot précédant une syllabe comptant un « e » muet. On écrivait ainsi, jusqu’à la 6e édition du Dictionnaire de l’Académie française, « collége », même si l’on prononçait déjà « collège ». L’éditeur Ambroise Firmin Didot avait plaidé, avec d’autres, pour rendre l’orthographe plus conforme à la prononciation. Cela fut fait à partir de la septième édition de notre Dictionnaire (1878), mais, à cette date, le Dictionnaire de Littré était déjà achevé.

François-Régis V. (Suisse)

Le 7 mai 2020

Courrier des internautes

Bonjour,

Un sport traditionnel connaît un renouveau en France depuis quelques années : le tir à la corde. Certains de ses adeptes s’évertuent à écrire « le tire à la corde » au prétexte qu’il s’agit de l’action de tirer (tracter), sans rapport pour eux avec le tir à l’arc ou à la carabine. Pourriez-vous éclairer ma lanterne sur la bonne orthographe à adopter pour ce sport ? Merci par avance pour votre réponse.

François-Régis V. (Suisse)

L’Académie répond :

Monsieur,

On doit écrire Le tir à la corde. C’est d’ailleurs ce que l’on trouve dans tous les ouvrages qui retracent l’histoire des Jeux olympiques, puisque le tir à la corde fut sport olympique de 1900 à 1920. Il est vrai que l’appellation officielle était « lutte à la corde », mais dans l’usage, c’est constamment tir à la corde qui était employé. C’est aussi ainsi qu’est orthographié le nom de ce sport dans l’ouvrage, paru en 1901, de l’historien et diplomate Jean-Jules Jusserand, Les Sports et jeux d’exercice dans l’ancienne France.

Le tir, c’est bien sûr essentiellement l’action de tirer avec une arme à feu, de lancer un projectile ; mais c’est donc aussi, et uniquement dans cette expression de « tir à la corde », l’action de tracter, d’amener vers soi.

Hélène A. (France)

Le 7 mai 2020

Courrier des internautes

Bonjour,
Je suis professeur des écoles dans une classe de CM1. Lors d’une classe virtuelle ce matin, voilà la question d’un élève : Pourquoi dit-on « le houx » et pas « l’houx », alors que nous disons « l’heure » ou « l’hiver » ? Je cherche désespérément la réponse. Pourriez-vous m’aider à fournir une réponse complète à cet élève et à l’ensemble de la classe ?

Cordialement.

Hélène A. (France)

L’Académie répond :

Madame,

Le fait que le h initial d’un mot est prononcé (h aspiré) ou non (h muet) est, dans l’immense majorité des cas, lié à son origine. Les mots qui nous viennent du latin, comme « hiver » ou « heure » (de hiems et de hora) ont un h initial muet. Il en va de même des mots qui nous viennent du grec. C’est pourquoi on dit « l’habitude » (latin habitudo), « l’hélice » (grec helix), « l’hippopotame » (grec hippopotamos), « l’homme » (latin hominem) ou « l’humain » (latin humanus). Les mots qui viennent du germanique ont, au contraire, un h initial aspiré. C’est pourquoi on dit « le houx », « la hache », « le héron », « la hie », « le hochet » ou « la hune ». Il existe cependant quelques exceptions, comme « la hiérarchie », mais dans l’immense majorité des cas, c’est cette règle qui s’applique.

Jean P. (France)

Le 7 mai 2020

Courrier des internautes

Bonjour,

Pour le puriste que je suis dans notre belle langue, je voudrais savoir pourquoi lorsque nous appelons un jeune homme Marc, on prononce le « c », et que lorsque nous parlons de la fameuse place de Venise, nous devons prononcer place Saint-Mar(c), évidemment sans le « c » final ? Incongruité pour moi, mais qu’en est-il réellement ? Merci d’éclairer ma lanterne s’il vous plaît.

Jean P. (France)

L’Académie répond :

Monsieur,

Le prénom Marc est issu du latin Marcum, accusatif du prénom Marcus. En latin populaire le m final est tombé, puis le u, et nous avons eu un mot d’une seule syllabe, Marc, dans laquelle le c n’était pas prononcé. C’est alors que s’est fixé en français le nom de la célèbre place de Venise. On observe en français un phénomène du même ordre avec le nom commun porcum, d’où est issu le français porc, prononcé « por », voire avec corpus, écrit cors au Moyen Âge, d’où les formes corset ou corsage, auquel on a rajouté, sans qu’il soit prononcé, un « p » étymologique.

Pour le prénom Marc, la graphie a fini par imposer le retour de la consonne c dans la prononciation française.

Owen S.-B.

Le 7 mai 2020

Courrier des internautes

Bonjour,

Je tiens une rubrique dans mon journal scolaire intitulée « Le Mot du Numéro ». Dedans, je fais découvrir aux lecteurs des mots peu courants comme essoriller, ophicléide, et cætera. J’ai entendu parler du verbe blézimarder, qui, sauf erreur de ma part, n’existe plus. Je souhaiterais en parler dans ma rubrique, mais je dispose d’assez peu d’informations, et j’ai du mal à le trouver dans les différentes éditions de votre Dictionnaire. Pourriez-vous m’en apprendre un peu sur ce verbe ? Je vous en serai reconnaissant.

Owen S.-B.

L’Académie répond :

Monsieur,

Avant toute chose, nous tenons à vous féliciter pour cette très belle initiative. Blézimarder est effectivement un verbe très rare. Le seul dictionnaire, à ma connaissance, qui le mentionne est celui de Littré, qui le présente comme « Terme d’argot de théâtre » et le définit en citant une phrase de Jules Prével, tirée d’un article paru dans Le Figaro du 31 juillet 1876 (le texte repris par Littré figure en italique dans l’extrait ci-dessous) : « Les acteurs qui habitent la campagne ne sont pas moins curieux à étudier. Ils ont chaque soir la crainte de manquer le train qui les ramène chez eux. Si un incident quelconque prolonge les entr’actes, ils usent d’un moyen que le public ne connaît pas. Pour rattraper le temps perdu, ils blézimardent ! Blézimarder signifie se couper mutuellement les répliques, empêcher son voisin de dire sa phrase, émonder le dialogue comme un jardinier émonde un arbre à grands coups de serpe. Il en résulte que les spectateurs, ne comprenant plus grand’chose à la pièce, la trouvent absurde et s’en vont en regrettant leur argent. Mais qu’importe à l’artiste ? Ce n’est pas à l’interprète que le public en voudra, et il aura pu, lui, l’artiste, rentrer un quart d’heure plus tôt. Je ne veux pas dire que tous les théâtres en sont là. Il serait difficile de blézimarder dans Les Huguenots ou dans L’Étrangère. »

Rémy V. (Boulaye-les-Ifs)

Le 7 mai 2020

Courrier des internautes

Madame, Monsieur,

J’ai lu que le pluriel de madame n’était pas mesdames, mais madames. Qu’en est-il réellement ?

Rémy V. (Boulaye-les-Ifs)

L’Académie répond :

Monsieur,

Dans l’immense majorité des cas, le pluriel de madame est bien mesdames, c’est le cas quand on emploie ce nom pour saluer (on parle parfois de vocatif). On dit Bonjour Mesdames. On dira aussi mesdames, ou Mmes, Dupont et Durand sont passées dans l’après-midi. On ne peut trouver madames que si l’on fait suivre cette forme d’un nom qui a une valeur de type. On pourra ainsi rencontrer : Ce sont de vraies madames-sans-gêne. On pourrait avoir aussi, avec le nom monsieur : « Ces monsieurs-je-sais-tout m’exaspèrent. » Mais, même dans ces cas, on peut faire de ces syntagmes une seule entité et conserver monsieur et madame au singulier : des madame-sans-gêne, des monsieur-je-sais-tout.

Jacques L. (France)

Le 2 avril 2020

Courrier des internautes

Bonjour

Question de grammaire :

« Des arbres très hauts, bien plus haut que la maison ».

Doit-on écrire un « s » au deuxième haut ? Instinctivement, je ne le mettrais pas car il s’agit de la hauteur générale des arbres et non pas des hauteurs de chaque arbre. Quelle est votre position, que je suivrai naturellement par déférence ?

Jacques L. (France)

L’Académie répond :

Monsieur,

Il faut aussi un s au 2ehaut, qui se rapporte aussi à des arbres. Cette phrase signifie « Des arbres qui sont bien plus hauts que la maison [n’est haute] ». On dirait « des hommes amicaux, bien plus amicaux que… » et non « *bien plus amical »… En revanche, si on emploie l’adjectif haut avec une valeur adverbiale, celui-ci reste invariable, et on écrira « Des arbres qui montent haut, plus haut que la maison ».

Marine A. (France)

Le 2 avril 2020

Courrier des internautes

Madame, Monsieur,

J’aimerais savoir quelle différence on peut faire entre probité et intégrité afin de les employer au mieux pour définir le caractère d’une personne.

Je vous remercie de l’attention que vous porterez à ma demande.

Marine A. (France)

L’Académie répond :

Madame,

Littré considère que « La probité est uniquement relative aux devoirs envers autrui et aux devoirs de la vie civile. À l’intégrité s’attache l’idée particulière d’une pureté qui ne se laisse entamer ni corrompre. »
Dupré ajoute, dans son excellente Encyclopédie du bon français dans l’usage contemporain, que l’intégrité, c’est « la probité élevée au plus haut degré ».

Mathurin T. (France)

Le 2 avril 2020

Courrier des internautes

Bonjour,

J’utilise de manière régulière la locution latine ad vitam æternam pour dire « pour l’éternité ».

J’ai eu l’occasion de discuter avec des personnes qui ne disaient que ad vitam, excluant donc le æternam.

À chaque fois cela m’a embêté, au fond de moi je me suis dit que, sans ce dernier terme, l’expression perdait son sens initial.

Je voulais donc savoir s’il était possible de dire ad vitam sans dire æternam s’il vous plaît ?

Mathurin T. (France)

L’Académie répond :

Monsieur,

Littéralement, ad vitam signifie « pour la vie (terrestre) » alors que ad vitam æternam signifie « pour l’éternité » et implique donc une vie après la mort.

Mais aujourd’hui, dans notre langue, l’expression communément employée est ad vitam æternam, et non ad vitam (qui n’en est qu’une abréviation familière), et s’emploie pour signifier « pour toujours ; jusqu’à la fin des temps… », sans qu’il soit fait notion d’une éternité consécutive à la mort.

Mouradi M. (France)

Le 2 avril 2020

Courrier des internautes

Bonjour je n’arrive pas à correctement différencier l’oisiveté et le désœuvrement.

Mouradi M. (France)

L’Académie répond :

Monsieur,

Les deux termes sont proches, mais le désœuvrement est un état subi ; le préfixe dé- indique une privation. L’oisiveté peut être vécue sans peine et même choisie.

Ce mot est d’ailleurs issu de la même famille que le latin otium qui désignait le loisir, le repos loin de l’agitation du monde.

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