Rapport sur le concours extraordinaire de l’année 1829-1

Le 25 août 1829

François-Juste-Marie RAYNOUARD

RAPPORT

DE M. RAYNOUARD,

SECRÉTAIRE PERPÉTUEL DE L’ACADÉMIE FRANÇAISE,

SUR LE CONCOURS EXTRAORDINAIRE DE L’ANNÉE 1829.

 

L’Académie française avait proposé, pour sujet d’un prix extraordinaire de 8000 fr., provenant des libéralités de M. de Montyon, de traiter :

De la Charité, considérée dans son principe, dans ses applications, et dans son influence sur les mœurs et sur l’économie sociale.

Il paraîtrait utile, pour traiter ce sujet, de rechercher d’abord les causes générales et permanentes qui font tomber ou retiennent clans l’indigence une portion plus ou moins nombreuse de la société ; on en déduirait le devoir de la charité ; on rechercherait en même temps quelles sont les qualités morales qui peuvent le mieux préserver de l’indigence la classe laborieuse, et comment la charité doit s’occuper de les faire naître ou de les développer.

Cet examen conduirait à déterminer si les obligations morales des gouvernements envers les indigents sont de même nature que celles des particuliers. De ces premières vues, on passerait à des recherches sur les diverses institutions de charité Publique et sur les divers modes de charité privée.

On les considérerait sous le rapport de leur influence pour accroître ou pour affaiblir dans la classe pauvre et laborieuse les qualités morales qui sont sa sauvegarde contre l’indigence absolue : on rechercherait également sous quelle forme les institutions et les œuvres bienfaisantes tendent le mieux à conserver à la charité ce qui en fait une vertu, et à cultiver, dans les indigents qui en sont l’objet, le sentiment de la reconnaissance et l’attachement à la société.

Ce travail, où les connaissances positives doivent se mêler au développement des vérités morales, ne saurait être renfermé dans un simple discours : c’est un ouvrage que l’Académie demande ; et, en proposant pour sujet une question semblable, elle a cru se conformer doublement à la pensée de M. de Montyon, si généreux envers le talent et la vertu.

L’Académie, en donnant des indications sur la manière dont ce sujet pourrait être traité, n’entend point obliger les concurrents à les suivre ; elle les laisse entièrement maîtres d’exposer leurs propres idées.

Tel était le programme publié par l’Académie.

Vingt-sept ouvrages ont été envoyés au concours.

L’Académie, en regrettant de ne pouvoir décerner le prix, a distingué trois ouvrages qu’elle a jugés dignes d’être mentionnés honorablement dans l’ordre suivant :

N° 27. Première mention.

N° 17. Seconde.

N° 6. Troisième.

Et elle a remis le sujet au concours, espérant obtenir un résultat plus satisfaisant.

L’Académie n’ajoutera que peu d’observations à son programme.

D’abord, pour écrire sur la charité, il faut être et se montrer charitable ; la sécheresse d’âme ne convient point dans un pareil sujet : diminuer les causes de l’indigence, détruire la mendicité ; soulager avec discernement les malheureux qui ont réellement besoin d’être secourus : tel est le problème à résoudre. Et en cherchant la solution, la raison doit guider la sensibilité, mais la sensibilité doit animer la raison, peut-être même l’éclairer.

L’Académie avait demandé des recherches sur les diverses institutions de la charité publique, et sur les divers modes de charité privée ; elle répète qu’elle désire surtout qu’on rassemble et qu’on expose des faits, des connaissances positives ; des théories incertaines ne peuvent fournir des bases solides de détermination, surtout en matière si grave : avant de chercher ce qui devrait exister, il faut s’être bien assuré de ce qui existe ; l’Académie engage donc de nouveau les concurrents à faire les recherches les plus étendues et les plus exactes qu’il leur sera possible sur les établissements de charité publique et les divers modes de charité privée, tant en France que chez l’étranger, à en donner une sorte de statistique abrégée, à les comparer ensemble, et à tirer de ce travail des conséquences applicables dans la pratique.

L’Académie répète que c’est un ouvrage qu’elle demande, et un ouvrage qui puisse amener des améliorations dans branche d’économie politique si intéressante pour le repos et le bien-être de la société.

En considération du temps, des travaux, et même des voyages que les recherches à faire peuvent exiger, l’Académie, d’une part, remet le jugement du concours à l’année 1831, de l’autre, elle élève la valeur du prix qu’elle doit décerner, à la somme de 10,000 francs.

Les ouvrages destinés au concours devront être déposés au Secrétariat de l’Institut, avant le 1er février 1831.

Ce terme est de rigueur.

Les manuscrits porteront chacun une épigraphe ou devise qui sera répétée sur un billet cacheté, joint à l’ouvrage et contenant le nom de l’auteur, qui ne doit point se faire connaître.

Les concurrents sont prévenus que l’Académie ne rendra aucun des ouvrages qui auront été envoyés au concours ; mais les auteurs auront la liberté d’en prendre des copies, s’ils en ont besoin.