Dire, ne pas dire

Néologismes & anglicismes

Adventure game

Le 6 juin 2019

Néologismes & anglicismes

Pauvre tour Eiffel ! Elle est considérée comme un des emblèmes de Paris, voire de la France. On pourrait dès lors supposer qu’elle s’exprime en français. Las, après avoir été ornée naguère d’un triste made for sharing, voici que pour fêter son 130e anniversaire, on invite les jeunes Franciliens et Parisiens à un grand adventure game en son sein. Parler de « jeu de piste » n’aurait-il pas été possible ? Espérons tout de même que les francophones auront également l’autorisation de participer à ces festivités.

Un roman par au lieu d’Un roman de

Le 6 juin 2019

Néologismes & anglicismes

En français, le complément d’agent est généralement introduit par la préposition par : La chèvre a été mangée par le loup. Il est, rarement, introduit par de – ainsi, dans Les Confessions, Rousseau écrit : « … Je posais mon livre au pied d’un arbre […] au bout de quinze jours, je le retrouvais pourri ou rongé des fourmis et des limaçons » – et, beaucoup plus rarement encore, par la préposition à, le plus souvent contractée avec un article défini – on lit dans Vagabondages, de Marcel Aymé : « On riait, on riait, on ne voyait pas du tout que le décor était mangé aux mites. » On dira donc un livre écrit par Balzac, un film réalisé par Renoir, un tableau peint par Picasso. En revanche, en l’absence de participes, le nom de l’auteur n’est pas un complément d’agent mais un complément du nom ; il est alors introduit par la préposition de : un livre de Balzac, un film de Renoir, un tableau de Picasso. On se gardera bien de remplacer cette préposition par par, notamment lorsque l’on traduit des textes de l’anglais vers le français et que l’on est tenté d’imiter la structure de l’anglais. On traduit a novel by Faulkner par « un roman de Faulkner » et non par « un roman par Faulkner ».

On dit

On ne dit pas

Un film de Chaplin

Un tableau de Hopper

Un film par Chaplin

Un tableau par Hopper

Je l’ai vu sur la télévision

Le 2 mai 2019

Néologismes & anglicismes

Nous avons déjà signalé dans cette même rubrique les emplois abusifs de la préposition sur, « travailler sur Paris, le prix sur le lait », etc. Ceux-ci sont le fait d’un mésusage du français. Il en est d’autres qui sont dus à l’influence de l’anglais. C’est le cas avec des phrases comme Je l’ai vu sur la télévision, traduction fautive de l’anglais I saw it on television, « Je l’ai vu à la télévision », ou je suis sur le train, traduction incorrecte de I am on the train, « Je suis dans le train ». Il s’agit de tours fautifs à éviter. Ajoutons cependant, pour conclure, que la phrase Je l’ai vu sur la télévision peut être correcte si le nom télévision ne désigne pas la transmission à distance d’images, mais, par métonymie, un téléviseur (même si cet appareil est de plus en plus fin et qu’il sera bientôt impossible d’y rien poser).

Red carpet

Le 2 mai 2019

Néologismes & anglicismes

Carpette est un mot voyageur, qui a fini par revenir dans son pays natal. Nous l’avons emprunté de l’anglais carpet, une forme simplifiée du moyen anglais carpette, que cette langue devait à l’ancien français carpite, tissu épais servant à faire des costumes d’apparat ou à couvrir des meubles. L’anglais carpet n’a pas le sens figuré de carpette, qui peut, dans une langue familière, désigner une personne servile et sans dignité. Et, dans ses emplois propres, on lui substitue souvent « tapis », emprunt du grec byzantin tapêtion, lui-même diminutif de tapês, « tapis, couverture ». C’est lui, quand il est de couleur rouge, que l’on déroule si on veut honorer un invité de marque. Aussi évitera-t-on, dans notre langue, de remplacer cette locution, tapis rouge, par son équivalent anglais red carpet, quand bien même la scène se passerait dans quelque grand festival.

Confident pour Confiant

Le 4 avril 2019

Néologismes & anglicismes

Les noms confident et confidente sont empruntés de l’italien confidente, « confiant », qui vient lui-même du latin confidens, participe présent de confidere, « se fier à, mettre sa confiance dans ». Il désigne une personne à qui l’on confie ses plus secrètes pensées : Elle a toujours été la confidente de sa fille, sa plus chère confidente. Au théâtre, ce nom désigne un personnage secondaire d’une tragédie ou d’une comédie, qui a essentiellement pour rôle de permettre au spectateur de connaître la situation des principaux personnages et au héros de révéler ses sentiments intimes : Œnone est la confidente de Phèdre. Par extension de sens, au masculin, confident désigne aussi un siège capitonné de la seconde moitié du xixe siècle, offrant deux places côte à côte mais disposées en sens contraire, destiné à favoriser une conversation intime.

Confident est donc un nom et, s’il fut aussi un adjectif en langue classique, il ne l’est plus aujourd’hui. Il convient donc de ne pas lui donner le sens de « confiant, assuré », qu’il a en anglais mais non pas dans notre langue.

Convénient

Le 4 avril 2019

Néologismes & anglicismes

Inconvénient est un nom français, inconvenient est un adjectif anglais signifiant « malcommode, gênant, inopportun ». Certes, il a aussi existé jadis en français un adjectif inconvénient, qui signifiait « inconvenant », mais, à son sujet, Littré disait déjà, dans son Dictionnaire, qu’il était vieilli. Et, même si la langue anglaise a également un adjectif, convenient, qui signifie « commode, pratique, opportun… », il convient d’éviter la forme convénient, que l’on commence à rencontrer ici ou là, puisque notre langue dispose de suffisamment de termes pour rendre compte des différents sens de cet anglicisme.

Entre deux choix

Le 11 mars 2019

Néologismes & anglicismes

La langue anglaise emploie volontiers choice, « choix », quand notre langue veut le nom possibilité ou un nom de même sens. Il convient de respecter les particularités propres à ces deux langues et de ne pas faire passer maladroitement dans l’une ce qui doit être réservé à l’autre. On se gardera donc bien de dire entre deux choix, quand c’est entre deux possibilités qu’il faudrait employer (rappelons d’ailleurs que deux choix supposeraient quatre possibilités), ou d’utiliser des formes comme plusieurs choix, de nombreux choix, etc.

On dit

On ne dit pas

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Smiley

Le 11 mars 2019

Néologismes & anglicismes

Tous les anglicismes ne semblent pas logés à la même enseigne. Certains nous agressent beaucoup, d’autres à peine. Et quelques-uns, pas du tout : ce sont ceux qui contribuent à la vie de la langue quand le français n’a pas d’équivalent tout prêt ni les moyens d’en fabriquer un qui soit commode, quand ils répondent à un besoin et quand leur sens est tout à fait clair. C’est ainsi que Nodier, cité par Littré, remarquait que « Confortable est un anglicisme très-intelligible et très-nécessaire à notre langue, où il n’a pas d’équivalent. » Mais il en est d’autres encore qui ne répondent à aucun de ces critères et que nous paraissons pourtant accepter sans problème. C’est le cas de smiley, probablement en raison de la signification de ce nom, dérivé de to smile, « sourire ». On ne se fâche pas contre un sourire, même si smiley s’est étendu à toutes les émoticônes et cherche à traduire toutes les émotions, tous les états d’âme. Certes non, mais il est loisible de rappeler qu’à cet anglicisme on peut préférer, comme l’ont fait nos amis québécois, binette, ou, mieux encore, frimousse.

Data science

Le 8 février 2019

Néologismes & anglicismes

Nous essayons dans cette rubrique de proposer des équivalents français corrects aux anglicismes qui s’introduisent dans notre langue. Ils sont nombreux et regrettables, mais le mal n’est pas trop grand quand il s’agit de problèmes de lexique. Les choses se compliquent et s’aggravent quand ce sont les structures mêmes de notre langue qui sont touchées. C’est le cas avec la locution data science, « science, étude des données », que l’on voit ici ou là. On signalera que l’anglicisme data est un emprunt d’un participe passé latin signifiant « données », et que ce nom français le remplacerait avantageusement. Mais il faut surtout rappeler que cette antéposition et cette juxtaposition du complément de nom, si elles sont correctes en latin ou en anglais, ne le sont pas dans notre langue, qui veut que le complément suive le nom dont il dépend et qu’il soit relié à ce dernier par une préposition.

Drink

Le 8 février 2019

Néologismes & anglicismes

S’il est parfois désespérant de voir le nombre des anglicismes qui, peu à peu, envahissent notre langue et les devantures des boutiques de nos quartiers, il est sans doute possible de se rassurer en se disant que ces formes n’ont peut-être qu’une courte espérance de vie. Il est quelques exemples qui le montrent, comme le nom drink. Ce dernier, apparu à la fin du xixe siècle, d’abord dans un contexte anglais, s’est répandu entre les deux guerres, le plus souvent porté par une forme d’anglomanie un peu snob ou, pour reprendre le mot de François, le facteur incarné par Jacques Tati dans Jour de fête, « pour faire américain ». Mais il est aujourd’hui désuet ou, pour user d’un terme plus familier, ringard. Que cette constatation ne nous amène pas à cesser de lutter contre ces anglicismes, en attendant que le temps, peu à peu, les efface, mais que, au contraire, elle nous pousse à les combattre plus hardiment, en sachant qu’en matière de langue, comme ailleurs, le pire n’est jamais sûr.

On dit

On ne dit plus

Prendre un verre

La boisson à la mode

Prendre un drink

Le drink à la mode

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