Dire, ne pas dire

Néologismes & anglicismes

Light

Le 04 juin 2015

Néologismes & anglicismes

Light, voilà un anglicisme qui semble être plus qu’un signifiant : c’est une promesse. Une promesse de lendemains non pas chantants, mais de lendemains légers, sans gras ni sucre. Ce bonheur annoncé a été un temps cantonné aux rayons crèmerie et boissons gazeuses de nos magasins : on pouvait y acquérir, moyennant quelque monnaie, des yaourts light, des sodas light. Mais à quoi bon un tel bonheur s’il n’eût été universel ? Grâce au ciel, le light a maintenant touché tous les domaines de notre vie, à commencer par les prix, devenus, moyennant pourtant toujours quelque monnaie, eux aussi, light. Et faisons confiance à ceux qui n’ont d’autre but que notre félicité : craignant sans doute que, comme les Sybarites des temps anciens, nous soyons rassasiés de ces voluptés ordinaires, les publicitaires sont allés encore plus loin et, désormais, tout un chacun peut toucher aux rivages fortunés d’un bonheur plus grand encore, celui de l’extra light. Et il faudrait être bien impudent pour croire que de petits prix, voire de tout petits prix pourraient être aussi tentants, aussi alléchants que des prix light, voire extra light, et que les yaourts light ne sont pas plus savoureux que ne le seraient de bien ordinaires yaourts allégés.

 

Crash

Le 07 mai 2015

Néologismes & anglicismes

Le vieil anglais crasen, « briser, mettre en morceaux, écraser », est à l’origine du français écraser, du verbe anglais contemporain to crash, « heurter, briser, fracasser », et du nom correspondant crash, « chute, écrasement, accident ». S’il est possible d’employer crash aérien pour désigner un accident dans lequel un avion se fracasse contre quelque chose, on évitera de dire qu’un avion s’est crashé pour expliquer qu’il s’est écrasé au sol puisque le français dispose de termes adéquats pour rendre compte de ce fait.

 

Situation room

Le 07 mai 2015

Néologismes & anglicismes

Les noms français et anglais situation sont homographes et ont de nombreux sens communs, mais l’anglais situation peut aussi signifier « problème » ou « crise ». Ces aléas sont communs à toutes les nations et, pour y faire face, chacune a ses méthodes, bien souvent semblables, mais portant des noms différents : situation room outre-Manche et outre-Atlantique, « cellule de crise » ou « conseil de crise » en France. En attendant qu’il soit prouvé que l’emploi de cette locution anglaise, ou de sa forme abrégée sit’room, contribue à une résolution plus rapide des problèmes, on s’efforcera de préférer à l’une ou l’autre de ces locutions les termes français en usage.

 

Matcher

Le 02 avril 2015

Néologismes & anglicismes

Le substantif anglais match et le verbe correspondant to match peuvent traduire une idée d’affront, de rivalité, de compétition (c’est en ce sens que le substantif est entré dans la langue française), mais ils peuvent aussi évoquer une idée d’harmonie. Ainsi to be a good match signifie « aller bien ensemble », et to match well, « être bien assortis, faire la paire ». Comme on le voit, le français dispose de nombreux mots et expressions pour rendre compte de cette idée. On évitera donc d’employer l’anglicisme matcher en lieu et place d’« aller bien ensemble », quand bien même matcher se serait déjà rencontré en France au début du siècle dernier aux sens de « disputer un match » et d’« affronter un adversaire ».

Opérer au sens d’Exploiter

Le 02 avril 2015

Néologismes & anglicismes

Le verbe opérer est emprunté du latin operari, « travailler, s’occuper de ». Il signifie « accomplir, réaliser, produire » et aussi, spécialement, « pratiquer une intervention chirurgicale ». On se gardera bien d’ajouter à ces sens ceux de « gérer, diriger, exploiter », qui appartiennent à l’anglais des États-Unis to operate… On ne dira donc pas Les vols intérieurs seront opérés par… mais Les vols intérieurs seront assurés par…

Shooter un mail

Le 05 mars 2015

Néologismes & anglicismes

Cet anglicisme emprunte au monde des armes à feu : shooter n’a pas ici le sens de lancer un ballon ou taper dedans, mais celui de faire feu, comme avec une mitraillette. Shooter un mail, c’est envoyer un courriel à un grand nombre de correspondants. Il s’agit là d’un procédé relativement ancien que l’administration des postes a baptisé depuis assez longtemps du nom parfaitement explicite d’« envoi en nombre » ou « envoi groupé », auquel correspond la locution verbale « envoyer en nombre ». Ces locutions, qui ont été validées par l’usage pour le courrier postal, pourraient parfaitement être employées pour le courrier électronique.

on dit

on ne dit pas

Envoyer un courriel en nombre

Arroser de courriels

Shooter un mail

 

Sponsor

Le 05 mars 2015

Néologismes & anglicismes

Ce nom anglais d’origine latine appartient à une grande famille linguistique dans laquelle on trouve, entre autres, les noms épouse et époux. Ces mots sont liés, par le biais d’une même racine indo-européenne, au grec spondê, qui désigne une libation à valeur contractuelle avec les dieux, racine que l’on retrouve dans le latin spondere, « s’engager solennellement », d’où est tiré le substantif sponsus, « époux ». Notons au passage que le terme de métrique spondée est à rattacher à cette même famille puisque le grec spondéios, dont il provient, a d’abord désigné une pièce de musique jouée pendant les libations, puis un pied de deux syllabes longues utilisé pour ce genre de mélodie. Le rapport entre les termes de sponsor et d’époux est donc la notion de promesse : les époux sont ceux qui, à l’origine, ont été promis (on employait encore naguère le terme de promise pour désigner la fiancée), et le sponsor est celui qui s’engage à fournir une assistance, généralement financière, à toute personne ayant un projet, culturel ou sportif. Le français a depuis longtemps des termes à sa disposition, qu’il serait dommage de ne pas employer, pour rendre compte de ces réalités, parmi lesquels parrain ou, si nous sommes dans le domaine artistique, mécène. De la même manière, le verbe parrainer pourra aisément se substituer au verbe sponsoriser.

on dit

on ne dit pas

Chercher des parrains, des mécènes

Être parrainé par tel groupe

Chercher des sponsors

Être sponsorisé par tel groupe

 

Dealer

Le 05 février 2015

Néologismes & anglicismes

L’anglais deal peut désigner différents types de commerces ou d’arrangements, un trafic de substances illicites et, enfin, une donne aux cartes. Ce dernier sens, employé de manière métaphorique, se répandit dans le monde entier quand le président Roosevelt proposa à ses concitoyens une nouvelle organisation de la société, le New Deal. Si cette locution est entrée dans l’histoire, l’anglicisme dealer, verbe (prononcé ) et nom (prononcé -eur), n’est employé en français que pour évoquer la vente de drogue, et on peut donc lui substituer les formes trafiquer et trafiquant. Il est certes regrettable que les mots de cette famille, jadis neutres – comme en témoigne cet extrait de La Princesse de Clèves : « Le lendemain qu’elle fut arrivée, elle alla pour assortir des pierreries chez un Italien qui en trafiquait par tout le monde. Cet homme […] s’était tellement enrichi dans son trafic… » –, ne servent aujourd’hui qu’à désigner des commerces illégaux, mais force est de constater qu’ils conviennent parfaitement pour éviter cet anglicisme.

 

on dit

on ne dit pas

Un trafiquant de drogue

Vendre de la drogue

Un dealer

Dealer de la drogue

 

En live

Le 05 février 2015

Néologismes & anglicismes

Cette forme n’est correcte ni en français ni en anglais parce qu’elle participe des deux langues. Les Anglais emploient le terme live seul quand nous utilisons la locution adjectivale ou adverbiale en direct : Notre envoyé spécial, en direct de New-York, une émission en direct, retransmettre en direct. C’est donc cette locution que l’on emploiera dans un texte français, non le monstre en live, pas plus que l’étrange et redondante juxtaposition en direct live.

 

on dit

on ne dit pas

Un concert retransmis en direct

Un concert retransmis en (direct) live

 

Compétiter

Le 08 janvier 2015

Néologismes & anglicismes

Compétiter est un hybride du verbe anglais to compete, « être en concurrence avec ; concourir », et des noms français compétition et compétiteur. Ce verbe est assez étrange pour n’être employé, jusqu’à présent, qu’à l’infinitif, mais, même à ce mode, il convient de le bannir et de le remplacer par une des nombreuses formes déjà en usage qu’offre le français.

 

On dit

On ne dit pas

Demain je participerai à une compétition

Il prendra part au saut en longueur

Demain je vais compétiter

Il va compétiter au saut en longueur

 

Pages