Dire, ne pas dire

Emplois fautifs

Visiter son oncle

Le 11 juillet 2014

Emplois fautifs

Le verbe visiter s’emploie, dans certaines tournures figées, avec, comme complément d’objet, un nom de personne. Dans ce cas, les personnes désignées sont en situation de souffrance et leur rendre visite est une marque de compassion. On dit ainsi visiter les malades, visiter les prisonniers. En dehors de ces contextes précis, il est d’usage aujourd’hui d’employer des locutions verbales avec le nom visite et de conserver visiter pour des objets, des monuments.

On dit

On ne dit pas

Rendre (une) visite à son oncle

Visiter son oncle

 

La maire

Le 10 juin 2014

Emplois fautifs

Peut-être n’est-il pas inutile de rappeler, quelque temps après les élections municipales, que maire est un nom masculin, que la personne qui exerce cette fonction soit un homme ou une femme, et qu’il convient de distinguer le sexe d’une personne qui exerce une fonction du nom qui désigne cette fonction. Il en va de même pour les autres fonctions comme ministre et préfet ou, pour d’autres termes plus généraux, comme témoin ou professeur. À l’inverse, et sans qu’aucun lien n’unisse ces différents mots, crapule et vedette sont des noms féminins, que les personnes que l’on qualifie ainsi soient des hommes ou des femmes. On dira donc : Madame X est le maire de la commune, Monsieur Y est une grande vedette, mais son frère est une crapule.

Ajoutons pour conclure qu’il n’y a pas de majuscule au nom commun maire : cet honneur est réservé au nom de la commune dont il est le premier magistrat.

On dit

On ne dit pas

Madame le maire préside le conseil

Dans la municipalité précédente le maire s’occupait de la petite enfance

Madame la maire préside le conseil

Dans la municipalité précédente la maire s’occupait de la petite enfance

 

La peur va grandissante

Le 10 juin 2014

Emplois fautifs

On utilise le verbe aller suivi d’un gérondif pour montrer une action dans son déroulement. Ce gérondif peut être précédé de la préposition en, mais l’omission de celle-ci est très fréquente. Certains bons auteurs, comme Alexandre Dumas père ou Eugène Sue, ont parfois accordé ce gérondif avec le sujet du verbe aller. C’est une erreur qu’il convient de ne pas suivre. On dit Au sortir du torrent, la rivière va s’élargissant, et non s’élargissante. Rappelons cependant que si un adjectif en -ant se rapporte au sujet du verbe aller, il s’accorde naturellement avec celui-ci. On écrira ainsi : Elles allaient riantes et joyeuses à la fête du village.

On dit

On ne dit pas

Sa santé va s’améliorant

Une rivière sortant de son lit

Sa santé va s’améliorante

Une rivière sortante de son lit

 

L’entrecôte avec ses frites, le gigot avec son coulis

Le 10 juin 2014

Emplois fautifs

L’entrecôte avec ses frites, le gigot avec son coulis

Tous les genres du discours peuvent se prêter à l’emphase, à l’enflure. Aujourd’hui les menus n’y échappent pas alors que, longtemps, la langue choisissait l’élision : un steak frites, un jambon beurre. Certaines tournures qu’on peut y lire sont sympathiques et sont passées dans la langue courante, comme les pommes de terre en robe des champs (ou de chambre) pour désigner ces tubercules quand ils sont servis avec leur peau. Mais aujourd’hui l’emphase se niche dans les formes grammaticales. L’article indéfini semble être passé de mode. On ne propose plus un pavé, un steak au poivre, etc., mais LE pavé, LE steak au poivre, comme si la présence de l’article défini faisait qu’on nous proposait le parangon, le phénix des pavés, des steaks au poivre. On se doute bien qu’une telle merveille gastronomique ne peut avoir un simple accompagnement. Le canard n’est plus à l’orange, il n’est pas non plus servi avec des oranges. La majesté du plat demande un possessif. On aura donc le magret de canard avec ses oranges ou le magret de canard et ses oranges. Mais on se demandera toujours si le caractère ronflant de l’énoncé n’est pas là pour cacher l’austérité des portions.

On dit

On ne dit pas

Manger une entrecôte avec des frites

Un gigot avec un coulis d’airelles

Manger l’entrecôte avec ses frites

Le gigot avec son coulis d’airelles

 

 

Somptuaire / somptueux

Le 10 juin 2014

Emplois fautifs

Bien que les adjectifs somptuaire et somptueux aient une étymologie commune, le mot latin sumptus, « coût, dépense, frais », ils n’ont pas le même sens. Somptueux signifie « qui est d’une grande richesse, d’une grande magnificence », alors que somptuaire s’emploie au sujet des lois et règlements fixant certaines dépenses. Les lois somptuaires existaient en Grèce et surtout à Rome, où on les utilisa pour essayer de maintenir la rusticité et la simplicité des mœurs anciennes : elles visaient essentiellement à limiter les dépenses faites pour la toilette des femmes et pour les banquets.

Pour conclure, signalons que pour parler de dépenses non nécessaires, le Code civil de 1804 utilisait l’expression dépenses voluptuaires.

On dit

On ne dit pas

Un appartement somptueux

Des lois somptuaires

 

Un appartement somptuaire

Des lois somptueuses.

Décade pour décennie

Le 5 mai 2014

Emplois fautifs

Le nom Décade est emprunté, par l’intermédiaire du latin, du grec dekas, dekados, « nombre dix, dizaine » ; on l’emploie en français pour désigner un ensemble de dix éléments et, en particulier, une partie d’un ouvrage composée de dix livres, de dix chapitres, ou encore une période de dix jours. On dira ainsi que les livres de Tite-Live sont organisés en décades ou que les mois républicains comptaient trois décades.

Décennie, qui est composé à partir du latin decem, « dix », et annus, « année », désigne une période de dix ans. On se gardera d’employer décade avec ce sens. Cette erreur, que l’on trouve chez de bons écrivains, provient d’une confusion avec l’anglais decade, qui désigne une période de dix jours ou de dix ans. Songeons, pour ne pas oublier le vrai sens de décade, que le film de Claude Chabrol, La Décade prodigieuse, est tiré du roman Ten Days’s Wonder, d’Ellery Queen.

 

Peut-être pour peut être

Le 5 mai 2014

Emplois fautifs

L’adverbe Peut-être est composé à l’aide de peut, forme conjuguée de pouvoir, et de l’infinitif être. Il sert à exprimer le doute, l’incertitude : Il viendra peut-être, ce roman aura peut-être du succès. Placé en tête de phrase, il sert à introduire une hypothèse : Peut-être aura-t-il été bloqué par la neige.

Cet adverbe ne doit pas être confondu avec le groupe verbal peut être. Rappelons que ce dernier peut varier en temps et en personnes. Il peut être vainqueur s’il s’entraîne bien, il pourra être vainqueur, nous aurions pu être vainqueurs, etc.

on écrit

on n’écrit pas

Nous aurons peut-être de la pluie

Elle peut être ici dans une heure

Il ne nous ont peut-être pas attendus

Nous aurons peut être de la pluie

Elle peut-être ici dans une heure

Ils ne nous ont peut être pas attendus

 

Pour pas que au lieu de pour que ne pas

Le 5 mai 2014

Emplois fautifs

La subordonnée complétive de but, encore appelée complétive finale, peut être introduite, entre autres, par la locution conjonctive pour que : Il prie pour qu’il pleuve. Lorsque cette subordonnée est à la forme négative, la négation se trouve à l’intérieur de la subordonnée, c’est-à-dire après pour que : Il prie pour qu’il ne pleuve pas. Placer la négation pas, ou ne pas, entre pour et que est une incorrection, qui s’accompagne souvent de l’omission de la négation ne.

on dit

on ne dit pas

Fermez la porte pour que les enfants ne sortent pas

Il va le voir pour qu’il ne se sente pas seul

Fermez la porte pour ne pas que les enfants sortent

Il va le voir pour pas qu’il se sente seul

 

Tiret pour trait d’union

Le 5 mai 2014

Emplois fautifs

Le trait d’union, comme son nom l’indique, est un signe de ponctuation qui sert à relier deux éléments, auparavant disjoints, pour qu’ils ne forment plus qu’une seule entité linguistique. Dans la longue histoire des mots, la liaison par un trait d’union suit généralement la simple juxtaposition et précède la soudure. On voit ainsi dans Le Voyage de La Pérouse autour du monde (1797) le terme portefeuille encore écrit en deux mots (« le porte feuille de ce peintre »), alors que, depuis 1718, l’Académie française écrivait porte-feuille dans son Dictionnaire, ce qui montre que les deux graphies ont longtemps cohabité. La forme soudée portefeuille entrera dans ce même Dictionnaire en 1835.

Le trait d’union sert également à relier deux éléments qui conservent chacun leur autonomie : Le train Paris-Granville. C’est le trait d’union qui est aussi utilisé pour signaler la coupure d’un mot en fin de ligne.

Il convient de ne pas confondre le trait d’union et le tiret, qui sont d’ailleurs, en typographie, bien distincts. Le tiret sert à isoler différents éléments. On l’utilisera par exemple dans des énumérations sous forme de liste :

Vous devez avoir avec vous :

– votre permis de conduire,

– la carte grise du véhicule,

– le certificat d’assurance du véhicule.

Les tirets peuvent aussi encadrer une incise et annoncer le changement de personnage dans un dialogue.

N’oublions pas, pour finir, que la locution trait d’union ne prend jamais de trait d’union.

 

Commémorer le centenaire de la Première Guerre mondiale

Le 3 avril 2014

Emplois fautifs

Le verbe commémorer signifie « évoquer, célébrer la mémoire d’une personne, d’un évènement », et le nom anniversaire désigne une date qui rappelle le souvenir d’un évènement survenu une ou plusieurs années auparavant. Il est donc redondant et incorrect de faire d’anniversaire, ou d’un de ses équivalents comme centenaire, le complément d’objet de commémorer. On commémore un évènement et on fête ou on célèbre un anniversaire.

On dit

On ne dit pas

Célébrer le centenaire de la Première

Guerre mondiale

Fêter l’anniversaire de la Libération

Commémorer le centenaire de la

Première Guerre mondiale

Commémorer l’anniversaire de la Libération

 

 

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